Mandelson, Epstein et les coulisses de la régulation bancaire post-crise : une enquête révèle des pressions exercées sur Washington
Londres – L’ancien ministre britannique Lord Peter Mandelson a fait l’objet de pressions croissantes après la révélation de courriels prouvant qu’il a fait du lobbying auprès du gouvernement américain en 2010 au profit de Jeffrey Epstein et de Jes Staley, alors dirigeant chez JPMorgan Chase. Ces échanges, rendus publics dans le cadre des documents judiciaires liés à l’affaire Epstein, révèlent une tentative d’influencer les réformes financières post-crise, notamment la règle Volcker.
L’affaire, qui a provoqué une onde de choc politique au Royaume-Uni, a conduit Downing Street à ordonner une révision rapide des possibilités de destitution de Mandelson de la Chambre des Lords. Le Premier ministre a qualifié les agissements allégués de “déloyauté envers le pays” et de “divulgation scandaleuse d’informations gouvernementales sensibles”. La police métropolitaine de Londres a également annoncé la réouverture d’une enquête pour “conduite répréhensible dans l’exercice de ses fonctions”.
Les courriels montrent que Mandelson, alors secrétaire d’État au Commerce et de facto vice-Premier ministre, a accepté de solliciter Larry Summers, alors directeur du Conseil national économique de Barack Obama, pour qu’il rencontre des dirigeants de JPMorgan, dont Staley. Il a même demandé à Staley de lui fournir des arguments à utiliser lors de sa propre conversation avec Summers.
“J’aimerais que vous demandiez à Larry Summers s’il accepterait de rencontrer directement Jes, et une autre personne de JPM, concernant la règle Volcker”, a écrit Epstein à Mandelson le 28 mars 2010, dans un courriel dont le contenu a été révélé. “Je ne peux pas le faire directement. Larry reçoit des informations de troisième et quatrième main par l’intermédiaire de sénateurs qui les reçoivent de lobbyistes.” Mandelson a répondu laconiquement : “Je peux lui dire ça.”
Le lendemain, Mandelson a sollicité Staley pour obtenir des “points de discussion” concernant la règle Volcker et la loi Dodd-Frank, qui visait à réformer le système financier américain après la crise de 2008. Staley lui a ensuite envoyé une liste de points clés, arguant que la mise à jour de la réglementation ne devait pas désavantager les institutions américaines par rapport à leurs concurrents asiatiques ou européens.
La règle Volcker, du nom de l’ancien président de la Réserve fédérale Paul Volcker, visait à empêcher les banques de prendre des risques excessifs avec leur propre argent. JPMorgan Chase était l’une des plus ferventes opposantes à cette règle, la jugeant trop restrictive et susceptible de nuire à la liquidité des marchés.
Les documents révèlent également que Mandelson a divulgué des mémos confidentiels de ses réunions avec Summers à Epstein. Un courriel du 31 mars 2010 indique que le chancelier britannique de l’époque, Alistair Darling, avait été “reconnaissant pour votre intelligence” (faisant référence à Mandelson). Le mémo contenait des détails sensibles sur les discussions, notamment des réflexions sur la possibilité d’imposer un plafond aux passifs des banques.
L’affaire soulève des questions sur l’influence exercée par des acteurs privés sur les décisions politiques et réglementaires, en particulier à un moment critique pour le secteur bancaire. Les critiques soulignent que les efforts de lobbying ont contribué à l’affaiblissement de la règle Volcker au fil des années, notamment sous l’administration Trump.
En 2018, Larry Summers a démissionné de plusieurs postes publics suite à la révélation de courriels échangés avec Epstein. Mandelson a déclaré cette semaine qu’il avait parfois plaidé en faveur des intérêts du secteur financier en tant que secrétaire d’État, mais qu’il ne l’avait fait qu’au nom de l’ensemble du secteur, et non sur instruction d’un individu.
Les révélations interviennent alors que le débat sur la régulation financière reste vif, notamment après les récentes turbulences bancaires aux États-Unis et en Europe. L’affaire Mandelson-Epstein pourrait relancer les appels à une plus grande transparence et à un contrôle accru des activités de lobbying.
En outre, des documents du Département de la Justice américain révèlent qu’Epstein a versé 75 000 dollars à Mandelson en 2003 et 2004, et que son partenaire, aujourd’hui mari, a également reçu des fonds d’Epstein en 2009 et 2010. Mandelson affirme ne pas se souvenir du versement de 75 000 dollars, mais confirme les paiements à son mari.
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L’affaire Mandelson est un rappel brutal des liens complexes entre le pouvoir politique, le secteur financier et les réseaux d’influence, et de la nécessité d’une surveillance constante pour garantir l’intégrité du processus décisionnel.
