Home DivertissementMaladies cardiaques : pourquoi les femmes sont-elles moins sensibilisées ?

Maladies cardiaques : pourquoi les femmes sont-elles moins sensibilisées ?

Le cœur des femmes, un combat méconnu : pourquoi la sensibilisation est en berne

HOUSTON – Le ruban rose est devenu un symbole universel de la lutte contre le cancer du sein. Mais que dire du rouge, symbole pourtant vital pour la santé cardiovasculaire féminine ? Une question qui souligne un paradoxe inquiétant : alors que les maladies cardiaques restent la première cause de décès chez les femmes aux États-Unis, la sensibilisation à ce fléau semble stagner, voire diminuer.

Les projections sont alarmantes. Plus de 22 millions de femmes américaines pourraient être touchées par une maladie cardiaque d’ici 2050, avec une augmentation particulièrement forte chez les jeunes femmes de 20 à 44 ans. Les crises cardiaques sont déjà plus mortelles pour les adultes de moins de 55 ans, et ce, en particulier pour celles qui ne présentent pas les facteurs de risque traditionnels.

Pourtant, un sondage de l’American Heart Association (AHA) publié en 2020 révèle une baisse significative de la conscience publique : seulement 44% des femmes américaines savaient que les maladies cardiaques étaient la principale cause de décès, contre 65% en 2009. La connaissance des symptômes d’une crise cardiaque a également diminué. Une tendance confirmée par une enquête récente de la Women’s Health Alliance : 84% des cardiologues interrogés ont déclaré avoir traité des patientes dont la condition cardiaque avait été initialement mal diagnostiquée par un autre médecin.

"Je suis juste jaloux de mes collègues oncologues. Ils ont réussi à faire passer le message. Nous, non", confie le Dr Martha Gulati, cardiologue à l’hôpital méthodiste de Houston.

Des campagnes de sensibilisation existent, comme "The Heart Truth" et "Go Red for Women", mais elles semblent insuffisantes. Le Dr Gulati estime qu’un changement de stratégie, voire un "rebranding", est nécessaire. Elle porte elle-même une épingle rouge en forme de robe au travail, mais constate que ses patientes ignorent souvent sa signification.

Un décalage persistant dans la recherche et la prise en charge

Ce manque de sensibilisation est d’autant plus préoccupant que les scientifiques reconnaissent depuis des décennies les risques spécifiques auxquels sont confrontées les femmes. Dès les années 1980 et 1990, des études ont montré que les femmes ne bénéficiaient pas des mêmes améliorations que les hommes en matière de survie aux maladies cardiaques et aux crises cardiaques.

Des recherches ultérieures ont révélé des différences physiologiques importantes qui rendent les femmes plus vulnérables et peuvent entraîner des symptômes et des pathologies différentes, souvent négligées par les médecins.

Le problème est aggravé par un biais persistant dans la recherche médicale. Une étude de l’AHA et de McKinsey, publiée en juin 2024, révèle que 72% des études sur les animaux menées entre 2006 et 2016 ont utilisé uniquement des souris mâles. De même, les essais cliniques impliquant des humains ont inclus seulement 38% de femmes entre 2010 et 2017, et seulement 26% de femmes ménopausées, qui sont particulièrement à risque.

La formation médicale elle-même est déficiente : plus de 70% des écoles de médecine aux États-Unis et au Canada n’intègrent pas de contenu spécifique sur le genre dans leurs programmes, selon une enquête de 2024.

Des symptômes atypiques et une prise en charge inégale

Les maladies cardiaques se manifestent différemment chez les femmes. Elles sont plus susceptibles de souffrir de blocages dans les petites artères, souvent ignorés lors des examens traditionnels. De plus, les électrocardiogrammes (ECG) peuvent être moins fiables chez les femmes en raison de la position du sein.

"Nous devons faire mieux. Je pense que cela doit commencer par la formation", souligne le Dr Harmony Reynolds, cardiologue à NYU-Langone. "Je peux seulement enseigner à un nombre limité d’étudiants en médecine, mais je m’efforce d’intégrer cette perspective dès le début."

Les femmes ont également tendance à minimiser leurs symptômes et à les attribuer au stress, tandis que les femmes de couleur sont plus à risque et moins informées que les femmes blanches.

Changer le discours : vers une approche plus positive

Pour sensibiliser une nouvelle génération de femmes, il est peut-être temps de changer de discours. Le Dr Mary Cushman, cardiologue à l’Université du Vermont, a constaté que les messages axés sur la prévention de la démence, liée aux problèmes vasculaires, sont plus efficaces que les avertissements sur la mort.

"Une crise cardiaque, c’est quelque chose qui arrive aux hommes âgés. Mais quand on parle de démence, elles sont immédiatement concernées", explique-t-elle.

Il est essentiel de reconnaître les facteurs de risque spécifiques aux femmes : une première menstruation précoce (avant l’âge de 12 ans), des cycles irréguliers, des complications liées à la grossesse (hypertension, diabète gestationnel) et des bouffées de chaleur fréquentes pendant la ménopause.

Enfin, il est crucial que les femmes soient proactives dans leur propre santé. L’AHA propose un outil en ligne pour évaluer les risques cardiovasculaires. Il est recommandé de consulter régulièrement un médecin et de ne pas hésiter à poser des questions sur les symptômes ressentis, même s’ils semblent mineurs.

"Il faut poser des questions : quel est mon risque ? Dois-je être traitée ? Comment décideriez-vous si j’ai besoin d’un traitement ? Si vous ne pensez pas que ce symptôme est lié à une maladie cardiaque, qu’est-ce que vous pensez que c’est ?", conseille le Dr Reynolds. "Tout le monde ne devient pas médecin en faisant une recherche sur Google, mais cela peut vous donner les outils pour poser les bonnes questions."

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