L’Université du Sud du Danemark valide un essai vaccinal en Guinée-Bissau

La moitié des 14 000 nouveau-nés participant à un essai clinique controversé sur le vaccin contre l’hépatite B en Guinée-Bissau, financé par les Centers for Disease Control and Prevention américains, sera privée de la dose de naissance après la validation de la reprise par un comité d’éthique d’une université danoise.

L’Université du Sud du Danemark a donné son accord pour relancer un projet de recherche clinique très critiqué, impliquant 14 000 nourrissons en Guinée-Bissau selon les informations publiées par le média spécialisé CIDRAP. Cette étude vise à observer l’impact de l’administration du vaccin contre l’hépatite B en privant volontairement la moitié des bébés participants de cette injection vitale dès les premiers jours de vie.

Le protocole révisé de l’étude

Les chercheurs principaux, Peter Aaby et Christine Stabell Benn, ont apporté des modifications à leur protocole après la suspension du projet plus tôt dans l’année à la suite d’un tollé international impliquant des groupes de santé et des responsables politiques. Les mères font désormais l’objet d’un dépistage avant l’accouchement.

Les nouveau-nés issus de mères testées positives recevront le vaccin immédiatement et ne feront pas partie de l’essai, tandis que les enfants de mères testées négatives pourront être enrôlés d’après les précisions rapportées par The Guardian. Malgré ces ajustements, le protocole mis à jour n’a pas été rendu public.

L'Université du Sud du Danemark valide un essai vaccinal en Guinée-Bissau
Photo : Ars Technica

Le feu vert a été officialisé par le doyen de la faculté des sciences de la santé de l’université danoise, Jakob Grauslund, qui a appuyé sa décision sur une évaluation éthique indépendante ainsi que l’a documenté le magazine Rolling Stone. L’instance a souligné que le pays d’accueil n’administre pas systématiquement le vaccin aux nouveau-nés dans le cadre de sa politique actuelle, bien que cette immunisation soit prévue pour 2028.

Le financement américain et la vision politique

L’étude est dotée d’un budget de 1,6 million de dollars provenant des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis. Des fonds ont également été mobilisés auprès de fondations privées comme la Pershing Square Foundation et la Bluebell Foundation selon les données relevées par UA.News.

La relance du projet s’inscrit dans la vision portée par Robert F. Kennedy Jr., secrétaire du département de la Santé et des Services sociaux (HHS), qui avait publiquement loué les travaux de l’équipe danoise.

Des sources internes au CDC ont indiqué que l’enveloppe de 1,6 million de dollars a été prélevée sur des lignes budgétaires destinées à la sécurité sanitaire mondiale. Cette affectation financière intervient alors que des organisations de santé gèrent en parallèle des urgences sanitaires de grande ampleur, telles qu’une épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo comme l’a souligné le site Ars Technica.

L'Université du Sud du Danemark valide un essai vaccinal en Guinée-Bissau
Photo : Rolling Stone

Les dissensions et démissions

La validation du protocole a entraîné des dissensions au sein même des instances d’évaluation. Plusieurs autres membres ont également quitté leurs fonctions pour des motifs éthiques similaires.

De leur côté, des pédiatres et des organisations non gouvernementales ont vivement dénoncé l’initiative. Le Dr Paul Offit, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital pour enfants de Philadelphie, a exprimé son indignation face à un protocole qu’il juge inacceptable pour les populations concernées.

L’attente des autorisations locales

En Guinée-Bissau, environ 18 % de la population adulte est porteuse chronique du virus de l’hépatite B, une pathologie redoutable qui peut induire des cirrhoses ou des cancers du hépatiques fatals pour une part significative des sujets atteints. L’infection peut se transmettre par le biais de contacts familiaux ou communautaires dès la première année de vie.

Malgré l’aval prononcé par l’université danoise, l’application concrète du projet reste suspendue. Les autorités guinéennes doivent encore délivrer l’autorisation gouvernementale finale indispensable pour autoriser le début effectif de l’essai sur le terrain.

Sur le même sujet