La organisation de défense des droits humains Cubalex a recensé au moins 12 décès de personnes placées sous la garde de l’État cubain au cours du mois de septembre 2026, ce qui représente plus du double des cinq cas signalés en août et constitue le total mensuel le plus élevé enregistré depuis le mois de février de cette année, d’après un rapport publié le jeudi 9 octobre 2026 par Karla Pérez sur le site d’ADN Cuba.
Cette hausse marquée de la mortalité carcérale et militaire révèle la persistance de conditions de détention alarmantes dans le pays. Selon le groupe de surveillance, dix de ces décès sont survenus dans des établissements pénitentiaires, tandis que les deux autres cas concernent de jeunes conscrits en service militaire obligatoire. L’organisation souligne que ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité en raison de la forte opacité des autorités et de l’absence de statistiques officielles, tout en documentant un total de 1.306 prisonniers politiques recensés à juin 2026 selon une infographie d’Infobae.
Le mécanisme de la négligence médicale et la stratégie d’externalisation de la mort
Dans un rapport spécial couvrant la période allant du 1er février 2024 au 30 juin 2026, l’organisation a documenté un total de 115 décès de prisonniers au sein du système pénitentiaire cubain. Les données recueillies indiquent que la négligence ou le refus d’accorder des soins de santé appropriés constituent la cause principale de ces disparitions, un facteur relevé dans environ 70 % des cas analysés, soit au moins 80 sur 115 d’après les publications de Cubalex, CiberCuba et CubitaNOW.

Pour les défenseurs des droits de l’homme, l’État a recours à une tactique singulière pour limiter l’impact statistique de ces décès. Comme l’a expliqué Alain Espinosa, avocat de l’organisation, lors d’un entretien accordé à Martí Noticias, cette pratique consiste à excarceler les détenus lorsque leur état de santé est devenu irréversible, afin de se dégager de toute responsabilité directe.
Alain Espinosa a indiqué selon Martí Noticias : « Cela consiste fondamentalement à élargir la personne alors qu’elle se trouve déjà dans une situation qui est pratiquement irréversible, de cette manière pour se décharger ou éviter la responsabilité de l’État dans cette mort. »
Le rapport spécial intègre ainsi sept situations où des prisonniers ont bénéficié d’une libération conditionnelle ou d’une licence extrapenale dans des conditions cliniques critiques, pour rendre l’âme quelques heures ou quelques jours après leur sortie des geôles.

Les décès de jeunes conscrits en service militaire et les cas de violence étatique
Le mois de septembre a également été marqué par la perte de deux jeunes de 18 ans qui effectuaient leur service militaire obligatoire. L’un d’eux, Yandiel Jurado, a perdu la vie des suites d’un tir accidentel survenu dans une unité militaire de Manzanillo, dans la province de Granma, alors qu’un autre conscrit manipulait une arme à feu, un drame survenu selon certains témoignages alors qu’il parlait au téléphone avec sa petite amie et dont la mère s’était opposée à l’incorporation au point de recevoir des amendes répétées.
Le second cas concerne Leordanis Ramón Ricardo Batista, affectueusement appelé « Leo », décédé le 22 septembre à environ 9h00 du matin dans une caserne de l’Ejército Juvenil del Trabajo (EJT) à Nipe, dans la zone de Holguín. Selon les informations rapportées par les moniteurs de droits humains, le jeune homme disposait d’un historique médical lié à sa santé mentale documenté depuis ses neuf ans, mais les requêtes de sa famille pour l’en dispenser n’ont pas empêché son incorporation bien que déclaré apte, tandis que des témoignages pointent le major Bandera — chef de ladite unité — pour des refus de transfert et des brutalités verbales.
Sur le front des prisons, le centre pénitentiaire de Boniato, situé à Santiago de Cuba, arrive en tête avec 23 décès enregistrés au cours de la période de référence, un établissement qui maintient des parloirs ou des secteurs spécifiques pour détenus dénutris ou sous-poids. Les registres font aussi état de cas de violences physiques directes, dont neuf homicides attribués à des gardiens de prison et trois autres situations qualifiées de morts suspectes où les versions officielles de suicide se heurtent à de sérieux indices de brutalité de la part des gardiens, à l’instar d’un jeune de 20 ans incarcéré à la prison de Canaleta à Ciego de Ávila après une grève de la faim.
L’absence d’enquêtes indépendantes et la situation des proches face à l’opacité officielle
Les organisations indépendantes dénoncent l’inexistence d’investigations impartiales face aux décès survenus en détention. L’État cubain ne diffuse pas de données statistiques publiques concernant la mortalité derrière les barbelés et n’autorise aucune inspection extérieure menée par des observateurs neutres.
Pour les familles des familles des victimes, obtenir la vérité sur les circonstances exactes de ces disparitions relève du parcours du combattant. L’entité de surveillance rappelle que le gouvernement n’a pas ratifié le Protocole facultatif à la Convention contre la torture, ce qui perpétue un cycle d’impunité difficile à briser pour les proches en quête de justice et de réparations, tandis que le régime célébrait au même moment ses prisons en tant qu’« obra justa ».
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