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Cuba lance 176 réformes économiques pour sortir de la crise : le plan de Pérez-Oliva

Un programme économique né d'une consultation populaire inédite

Le vice-premier ministre cubain et ministre du Commerce extérieur et de l’Investissement étranger, Óscar Pérez-Oliva Fraga, a présenté ce 26 juin 2026 devant les délégués du 22e Congrès de la Centrale des travailleurs de Cuba (CTC) les 176 transformations économiques et sociales approuvées par le gouvernement. Ces mesures, discutées en décembre 2023 puis validées par l’Assemblée nationale et le Conseil des ministres, visent à répondre à une crise économique sans précédent, marquée par le blocus américain et une pénurie d’énergie paralysante.

Un programme économique né d’une consultation populaire inédite

Le programme 2026 s’appuie sur un processus de consultation sans précédent, impliquant près de 2 millions de Cubains dans 100 000 réunions à travers le pays. Selon CubaDebate, trois priorités ont émergé : la stabilisation macroéconomique, les politiques sociales et la relance de la production nationale, notamment alimentaire. Pérez-Oliva a souligné que ces réformes, “résultat d’un large processus de consultation”, visent à corriger une équation économique insoutenable : “Notre économie ne peut continuer, simplement parce que c’est une équation mathématique, appliquer le subventionnement égalitaire de produit à toute la population. L’économie ne le résiste pas.”

Un programme économique né d'une consultation populaire inédite
Photo: 20Minutos

Les mesures incluent la transformation des entreprises publiques en sociétés par actions, avec une participation accrue du secteur privé et des investisseurs étrangers. Le secteur privé pourra désormais employer plus de 100 salariés et les particuliers pourront détenir plusieurs sociétés, comme l’explique El Independiente. Une révolution pour un pays où le secteur privé était historiquement limité.

La fin des subventions universelles : un tournant économique

Le cœur des réformes réside dans la fin progressive des subventions universelles, un pilier du système cubain depuis la révolution de 1959. Pérez-Oliva a rappelé la logique sociale derrière cette mesure : “Sans énergie, pas d’économie. Sans énergie, nous ne pouvons pas produire. Nous produisons avec des limitations, l’économie se paralyse, et sans richesse générée, on ne peut pas la distribuer. C’est le principe du socialisme : une juste distribution de la richesse qui se crée.”

“Si no se genera riqueza, no podemos construir la sociedad justa que queremos.”

Cette déclaration, rapportée par CubaDebate, résume l’enjeu : sans croissance, impossible de financer les services publics. Le gouvernement prévoit de remplacer les subventions universelles par un système de protection sociale ciblé, géré via une plateforme numérique permettant d’identifier les populations vulnérables.

L’ouverture économique : une réponse au blocus américain

Les réformes s’inscrivent dans un contexte géopolitique tendu. Pérez-Oliva a dénoncé les “mesures coercitives unilatérales” des États-Unis, qui viseraient à imposer une “dépendance économique forcée”. Selon lui, le blocus américain, qui frappe le pays “du point de vue économique, commercial, bancaire et financier”, a poussé Cuba à chercher des solutions internes. El Diario souligne que cette ouverture économique survient alors que le Royaume-Uni, à l’autre bout du monde, prône exactement l’inverse : la renationalisation des services publics.

L'ouverture économique : une réponse au blocus américain
Photo: El Independiente

Cette paradoxale convergence entre une île communiste qui s’ouvre au marché et une ancienne puissance capitaliste qui relance l’État reflète une crise de confiance similaire dans les deux modèles. À Cuba, le président Díaz-Canel a reconnu que le pays traversait “les heures les plus difficiles de ce siècle”, tandis qu’au Royaume-Uni, le projet “manchesteriste” d’Andy Burnham vise à inverser quatre décennies de privatisations thatcheristes.

Quelles différences avec les réformes passées ?

Les 176 mesures approuvées en 2026 marquent une rupture avec les tentatives précédentes de réforme, souvent restées lettre morte ou limitées par la bureaucratie. 20 Minutes rappelle que depuis l’ère de Raúl Castro, les annonces réformistes se sont heurtées à la résistance du système ou à l’étouffement du blocus américain. Cette fois, le gouvernement mise sur une approche plus radicale, avec des changements structurels dans la gestion des entreprises, la fiscalité et les relations avec les investisseurs étrangers.

A Cuba, les réformes économiques avancent "lentement…

Parmi les nouveautés : la création de maisons de change privées, la libéralisation des prix dans certaines transactions commerciales, et la possibilité pour les coopératives d’exporter directement. Le gouvernement cubain mise aussi sur les diasporas, en facilitant les investissements des Cubains de l’étranger. Une stratégie qui contraste avec les réformes timides des années 2010, souvent sabotées par les intérêts des élites au pouvoir.

Quels risques pour la population ?

Si les réformes visent à moderniser l’économie, elles pourraient aussi aggraver les inégalités à court terme. La fin des subventions universelles pourrait peser sur les ménages les plus modestes, malgré la création d’un Fonds de protection sociale. Pérez-Oliva a insisté sur la nécessité de “générer de la richesse” pour ensuite la redistribuer, mais le chemin vers cette équation reste incertain.

Le gouvernement prévoit aussi une réforme salariale et la promotion du pluriemploi, mais sans garantie immédiate d’amélioration pour les travailleurs. Comme le note El Independiente, cette ouverture économique pourrait aussi profiter avant tout aux élites et aux investisseurs étrangers, au détriment des classes moyennes et populaires.

Et maintenant ? Les défis à venir

Le plus grand défi reste le blocus américain, qui menace de saboter les réformes avant même qu’elles ne portent leurs fruits. Pérez-Oliva a rappelé que les sanctions secondaires – qui ciblent les entreprises étrangères collaborant avec Cuba – compliquent encore davantage les échanges internationaux. Sans levée de ces mesures, les investissements étrangers resteront limités, et la relance économique dépendra presque exclusivement des efforts internes.

Et maintenant ? Les défis à venir
Photo: elDiario.es

À court terme, les Cubains devront s’adapter à une économie plus libérale, avec des prix plus flexibles et une concurrence accrue. Les secteurs les plus touchés seront probablement l’agriculture, où les coopératives devront rivaliser avec les investisseurs privés, et les services, où les petites entreprises devront faire face à une concurrence internationale renforcée.

Enfin, le succès des réformes dépendra de leur mise en œuvre effective. Comme le souligne El Diario, les annonces passées ont souvent échoué à cause de la bureaucratie ou du manque de volonté politique. Cette fois, le gouvernement mise sur une consultation populaire massive pour s’assurer de l’adhésion des Cubains – mais la réalité économique pourrait bien imposer ses propres règles.

Une chose est sûre : Cuba entre dans une phase de transformations radicales, où le socialisme devra coexister avec les mécanismes du marché. Le modèle cubain, souvent présenté comme un échec économique, pourrait bien devenir un laboratoire des réformes sociales dans un monde où les certitudes s’effritent.

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