Liban : L’escalade des tensions avec Israël et le spectre d’un nouveau conflit
Beyrouth, Liban – La fragilité de la paix au Liban, déjà mise à rude épreuve en début d’année 2026, s’est considérablement aggravée suite aux frappes américano-israéliennes en Iran. L’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclenché une série de représailles et d’escalades qui menacent de plonger davantage le Liban dans le chaos.
Le Hezbollah, groupe paramilitaire chiite et allié de l’Iran opérant depuis le Liban, a riposté en lançant des roquettes vers le nord d’Israël. Israël a répliqué en menant des frappes sur des cibles du Hezbollah dans le sud du Liban, à Beyrouth et dans la vallée de la Bekaa.
Bien qu’affaibli par les frappes israéliennes depuis octobre 2023, le Hezbollah conserve le potentiel de déstabiliser le Liban, selon des experts. Le groupe, qui a dominé la politique intérieure et dicté la politique étrangère libanaise pendant près de quatre décennies, est désormais incapable de jouer un rôle efficace en tant qu’allié de l’Iran dans sa guerre contre les États-Unis et Israël.
Un cessez-le-feu de façade
En novembre 2024, Israël et le Hezbollah avaient conclu un cessez-le-feu après près d’un an d’attaques du Hezbollah en solidarité avec le Hamas et de lourds bombardements israéliens en réponse. L’accord prévoyait le retrait du Hezbollah au nord du fleuve Litani et celui des troupes israéliennes du sud du Liban dans un délai de 60 jours.
Cependant, cet accord n’a jamais été pleinement mis en œuvre. Israël a continué de bombarder le Liban presque quotidiennement, arguant que l’armée libanaise ne travaillait pas assez vite pour désarmer le Hezbollah.
L’armée libanaise a récemment annoncé être entrée dans une « phase avancée » du plan de désarmement, se concentrant sur l’expansion de sa présence dans le sud du Liban. Israël a exprimé son insatisfaction quant au rythme du désarmement, affirmant que le Hezbollah se réarme plus vite qu’il ne se désarme.
Naim Qassem, secrétaire général du Hezbollah, a réitéré que le groupe ne consentirait pas à un désarmement complet tant qu’Israël continuerait à frapper le Liban. Depuis novembre 2024, les forces de défense israéliennes ont ciblé le Liban avec 855 frappes, dont 44 rien qu’en février 2026, avant l’escalade actuelle.
Le Liban, otage des conflits régionaux
La décision du Hezbollah de soutenir l’Iran est conforme aux principes fondamentaux du groupe, né en 1985 après la révolution iranienne de 1979. Son manifeste initial promettait de combattre l’occupation israélienne du Liban et des territoires palestiniens.
Le gouvernement libanais a tenté de se distancer des actions du Hezbollah dans le conflit actuel. Le 2 mars, le cabinet libanais a interdit les activités militaires du Hezbollah, une première dans l’histoire du pays. Cette décision, bien que symbolique, intervient à un moment où le Liban et la région sont confrontés à de graves défis.
Le Liban est déjà en proie à une crise économique sévère et sort d’une longue période de paralysie politique, durant laquelle le Hezbollah a bloqué les tentatives successives d’installer un président.
Risque d’invasion et de violence sectaire
Outre la menace d’une guerre civile, le Liban craint également une invasion de la part de la Syrie, qui a renforcé sa présence militaire le long de la frontière nord. La Syrie pourrait vouloir envahir et occuper des parties du Liban, comme elle l’a fait pendant la guerre civile libanaise.
Israël, quant à lui, continue de bombarder le Liban et n’exclut pas une invasion terrestre. Des extrémistes israéliens ont même appelé à l’occupation du sud du Liban, et des déclarations récentes de responsables américains ont suggéré un soutien à une expansion territoriale israélienne.
La situation est d’autant plus préoccupante que la violence sectaire est une menace constante au Liban. La communauté chiite, qui représente un tiers de la population libanaise, a particulièrement souffert de l’occupation israélienne et de la guerre de 2024. L’assassinat de l’ayatollah Khamenei, considéré comme un leader spirituel pour les chiites du monde entier, pourrait exacerber les tensions sectaires et conduire à des affrontements entre communautés.
Le Liban se trouve donc à un tournant critique, pris en étau entre les conflits régionaux et ses propres divisions internes. L’avenir du pays dépendra de la capacité de ses dirigeants à trouver une solution politique qui préserve sa stabilité et son intégrité territoriale.
