L’expérience internationale LUX-ZEPLIN a enregistré une particule inhabituelle dans son grand détecteur de matière noire le 16 juin 2023. Les scientifiques estiment qu’il pourrait s’agir du premier signal direct de la matière noire en laboratoire, bien qu’une confirmation définitive nécessite des recherches supplémentaires.
Une observation rare au cœur du Sanford Underground Research Facility
L’événement s’est produit le 16 juin 2023, lors d’une campagne de surveillance menée sur une période de 220 jours s’étalant de mars 2023 à avril 2024. Le dispositif LUX-ZEPLIN, reconnu comme le plus grand détecteur de matière noire au monde, repose dans un laboratoire souterrain situé à la Sanford Underground Research Facility dans le Dakota du Sud. Ce système utilise un vaste réservoir rempli de xenon liquide pour tenter de capturer des interactions avec les WIMP, des particules massives faiblement interagissantes.
Durant cette période d’enregistrement, les instruments ont capté un signal lumineux accompagné d’une libération d’électrons qui présentait des caractéristiques singulières. Les scientifiques de la collaboration internationale, qui regroupe environ 250 chercheurs issus de 39 institutions réparties aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Portugal, en Suisse, en Corée du Sud et en Australie, ont présenté ces résultats le 1er septembre lors de la conférence TeV Particle Astrophysics organisée à Tendō, au Japon.
Entre espoir de découverte et prudence statistique
Bien que la matière noire compose environ 85 proc. de toute la matière de l’Univers, son existence n’a jusqu’à présent été déduite que par son influence gravitationnelle à grande échelle, sans jamais faire l’objet d’une observation directe en conditions contrôlées. Cette première interaction enregistrée par le détecteur soulève donc un immense intérêt au sein de la communauté des physiciens.
Cependant, les chercheurs appellent à la mesure. Les analyses indiquent qu’il existe une probabilité d’environ une sur 200 pour que le phénomène observé soit simplement le fruit de particules connues, ce qui correspond à une signification statistique de 2,6 écarts types. En physique des particules, le seuil de validation formelle exige généralement 3 sigma, tandis que la confirmation d’une découverte majeure requiert 5 sigma.
Une analyse antérieure menée sur les mêmes ensembles de données n’avait pas permis de retrouver des noyaux atomiques subissant un recul à basse énergie, ce qui constitue pourtant la signature attendue des WIMP. Malgré cette incertitude, la singularité du signal relance l’espoir d’isoler enfin un constituant fondamental jusqu’ici invisible.
Perspectives et partage des résultats avec la communauté internationale
Les détails de cette analyse ont été diffusés sous forme de pré-publication soumise à la revue Physical Review Letters. La décision de rendre ces données publiques répond à une volonté d’ouverture après une longue phase de vérification interne.

Selon les déclarations recueillies par le New York Times, le physicien Richard Gaitskell, rattaché à l’université américaine Brown, a résumé cet état d’esprit en affirmant qu’après tant de travaux en interne, ils se sentaient prêts à partager leurs résultats avec le reste du monde. De son côté, Sam Eriksen, chercheur à l’université britannique de Bristol et responsable de l’expérience, a souligné auprès du Financial Times que les observations actuelles constituent une avancée prometteuse et que ce qu’ils avaient observé dans cette analyse pouvait être le premier pas vers une compréhension de la matière noire en tant que particule.
Les équipes restent mobilisées pour poursuivre les investigations au sein du détecteur souterrain, rendant de nouvelles campagnes de mesures inévitables pour confirmer la nature exacte de ce signal énigmatique.
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