La tentative de Trump sur le Groenland, un «crise profonde» pour l’OTAN, selon Lavrov
Moscou, Russie – La proposition du président américain Donald Trump d’acquérir le Groenland a déclenché une « crise profonde » au sein de l’OTAN et soulève des questions fondamentales sur la pérennité de l’alliance, a déclaré mardi le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Il a estimé que cette initiative pourrait ouvrir la voie à un scénario inédit où un État membre de l’OTAN en attaquerait un autre.
« Il était difficile d’imaginer une telle chose auparavant », a déclaré Lavrov lors d’une conférence de presse à Moscou, soulignant que cette situation remet en question le concept occidental d’une « ordre mondial basée sur des règles » que la Russie critique depuis longtemps, même après l’intervention militaire russe en Ukraine en 2014. « Maintenant, ce n’est pas l’Occident collectif qui écrit les règles, mais un seul de ses représentants », a-t-il ironisé, dénonçant un « bouleversement majeur pour l’Europe ».
Lavrov a également qualifié le contrôle danois sur le Groenland d’héritage colonial, affirmant que l’île n’était « pas naturellement une partie du Danemark ». Il a cependant fermement nié toute intention de la Russie ou de la Chine de menacer l’île arctique, se disant simplement observateur de la situation géopolitique.
Un nouveau regard sur la sécurité euro-atlantique
Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions croissantes entre la Russie et l’Occident, exacerbées par le conflit en Ukraine et les accusations d’ingérence russe dans les élections occidentales. L’OTAN, créée en 1949 pour contrer l’Union soviétique, a connu un regain d’importance ces dernières années en raison de l’annexion de la Crimée par la Russie et du soutien aux séparatistes dans l’est de l’Ukraine.
Selon les données de l’OTAN, les dépenses militaires des pays membres ont augmenté de 3,3% en 2023, atteignant 1 090 milliards de dollars. Cette augmentation témoigne de la volonté de l’alliance de renforcer sa capacité de dissuasion face à la Russie.
Trump et la “Diplomatie de la surprise”
La tentative d’acquisition du Groenland par Trump s’inscrit dans une stratégie diplomatique souvent qualifiée de « diplomatie de la surprise », caractérisée par des déclarations et des initiatives inattendues. Cette approche a suscité des réactions mitigées au sein de la communauté internationale, certains y voyant une tentative de déstabilisation de l’ordre établi, tandis que d’autres la considèrent comme une tactique de négociation.
Ouverture prudente à l’initiative Trump pour un “Conseil de la Paix”
Parallèlement à ses critiques, Lavrov a affiché une ouverture prudente à l’initiative de Trump de créer un « Conseil de la Paix », initialement axé sur la résolution du conflit israélo-palestinien à Gaza, mais qui pourrait étendre son mandat à d’autres crises mondiales. Le Kremlin a indiqué qu’il étudiait l’invitation de Trump à rejoindre ce conseil et attendait des précisions de Washington. Lavrov a estimé que cette initiative reflétait une prise de conscience américaine de la nécessité de coopérer avec d’autres nations, même en poursuivant sa propre politique étrangère.
Ukraine : Moscou refuse les concessions occidentales
Concernant l’Ukraine, Lavrov a salué les initiatives de Trump pour négocier un cessez-le-feu, soulignant que les États-Unis étaient le seul pays occidental à avoir « exprimé une compréhension du besoin de tenir compte des intérêts russes et à proposer des solutions tenant compte des causes profondes de la crise ». Il a cependant critiqué les modifications apportées aux propositions américaines par Kiev et ses alliés européens, notamment la suppression des garanties pour les populations russophones et l’Église orthodoxe russe. « Nous ne permettrons pas au régime de Kiev de prendre une pause et de se réarmer », a-t-il averti, tout en exprimant son scepticisme quant à la possibilité de parvenir à un accord avec les dirigeants européens, qu’il accuse d’être animés par une « haine profonde » envers la Russie.
Autres tensions : Venezuela, armement nucléaire et relations avec les États-Unis
Lavrov a également dénoncé l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro aux États-Unis, la qualifiant d’« intervention militaire brutale ». Il a également exprimé son inquiétude face au refus américain de prolonger le traité New START sur le contrôle des armements nucléaires, et a critiqué les menaces américaines à l’encontre de Cuba et d’autres pays d’Amérique latine. Malgré ces tensions, Lavrov a réaffirmé la volonté de la Russie de maintenir un dialogue avec les États-Unis, sur la base du respect mutuel des intérêts nationaux, rappelant les discussions constructives tenues à Riyad en février dernier.
