Home DivertissementKim Gordon : entretien exclusif sur Sonic Youth, l’IA et le punk

Kim Gordon : entretien exclusif sur Sonic Youth, l’IA et le punk

Kim Gordon : L’art de ne pas se prendre au sérieux, même après des décennies de rock

NEW YORK – Kim Gordon, figure emblématique du groupe Sonic Youth, continue d’explorer les frontières de la création artistique avec une curiosité insatiable. Dans une récente série de questions-réponses, l’artiste américaine, également auteure du mémoire acclamé Girl in a Band, a dévoilé ses réflexions sur sa carrière, ses influences et sa vision du monde, révélant une personnalité à la fois introspective et pragmatique.

L’émergence de Sonic Youth, dans le sillage de la scène no wave new-yorkaise de la fin des années 70, s’est faite dans un contexte musical où l’innovation était déjà une exigence. “Il y avait la Velvet Underground, puis tous les groupes no wave… face à tout ce ‘cool’, on se sentait décalé,” explique Gordon. “On s’est concentrés sur le plaisir de créer quelque chose qui n’existait pas auparavant.” Une approche qui, selon elle, reste au cœur de sa démarche artistique.

Gordon admet n’avoir jamais réellement planifié une carrière solo, se consacrant notamment au projet improvisé Body/Head avec Bill Nace. C’est un producteur de Los Angeles, Justin Raisen, qui l’a encouragée à explorer cette voie. “Il m’a relancé sans cesse pour un album solo. Il n’y avait pas de plan, juste l’envie de voir ce qui se passerait,” confie-t-elle. Son dernier album, Play Me, est disponible depuis peu.

L’artiste se décrit comme une “artiste visuelle qui écrit” plutôt qu’une écrivaine à proprement parler, reconnaissant que le processus d’écriture est souvent un moyen de clarifier ses propres pensées. “J’ai besoin d’écrire pour savoir ce que je pense réellement,” explique-t-elle.

Récemment, Gordon a également fait une apparition au cinéma, dans The Chronology of Water, un film basé sur les mémoires de l’écrivaine avant-gardiste Lidia Yuknavitch. Elle y interprète un personnage inspiré, de manière très lâche, de la photographe Nan Goldin. “J’aime les choses psychologiques, et celles qui impliquent de se déplacer dans l’espace,” précise-t-elle.

Au-delà de ses propres créations, Gordon s’intéresse à l’art contemporain. Elle a récemment visité une exposition de peintures murales de Sol LeWitt à Los Angeles, soulignant l’aspect instructif et ludique de l’œuvre de l’artiste minimaliste.

Son parcours artistique a été marqué par des rencontres significatives, comme celle de Jean-Michel Basquiat, qu’elle croisait régulièrement dans un atelier de photocopie de Little Italy. “Il était très discret,” se souvient-elle. “Il y avait tellement de gens talentueux à New York à cette époque, il était facile de se sentir intimidé.”

Gordon aborde également la question de l’influence de Sonic Youth, reconnaissant qu’elle préfère ne pas s’y attarder. “Cela me rendrait trop consciente de moi-même,” explique-t-elle. “Mon objectif principal est de ne pas devenir consciente de moi-même.”

L’artiste se montre également préoccupée par l’impact de l’intelligence artificielle sur la musique. “Les gens sont séduits par la technologie,” observe-t-elle. “L’IA n’est pas humaine, elle est propre, elle n’a pas conscience de la mort ou de la fragilité humaine. C’est quelque chose qui m’effraie.”

Interrogée sur l’évolution du paysage musical, Gordon souligne l’importance de l’anti-conformisme et de la liberté d’expression. Elle se souvient de l’influence du mouvement punk, mais surtout de la scène no wave, qu’elle juge plus nihiliste et libératrice. Elle rappelle également le rôle des femmes dans la musique punk, notamment en Angleterre, où les règles de genre étaient moins strictes.

Gordon évoque également l’histoire de son célèbre t-shirt “Girls invented punk rock, not England”, né d’une discussion sur les origines du punk. “Je pense que les femmes avaient le plus à se rebeller,” affirme-t-elle.

Enfin, l’artiste partage quelques réflexions sur la manière de rester positive dans un monde turbulent. “Faire de l’art est toujours un bon antidote,” conclut-elle. “Cela vous donne l’impression d’avoir un certain contrôle sur les choses.” Elle cite également son goût pour les films et les séries télévisées, comme The Pitt et Vladimir, comme des moyens de se détendre et de s’évader.

Vidéo de Kim Gordon – “NOT TODAY” (Official Video)

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