Le CIO prive un athlète ukrainien de compétition pour un casque hommage aux victimes de la guerre
Milan, Italie – Le Comité International Olympique (CIO) a retiré son accréditation à Vladyslav Heraskevych, athlète ukrainien de skeleton, jeudi matin, l’empêchant de participer à sa première course aux Jeux Olympiques d’hiver de Milan Cortina 2026. La décision controversée fait suite au refus de l’athlète de renoncer à un casque personnalisé orné des visages d’autres athlètes et de civils tués lors de l’invasion russe de l’Ukraine.
Le CIO maintient que le casque viole ses règles interdisant tout message politique ou personnel sur le terrain de jeu, dans le village olympique ou lors des cérémonies de remise des médailles. Mark Adams, porte-parole du CIO, a souligné lors d’une conférence de presse que l’organisation ne remettait pas en question le message de M. Heraskevych, mais plutôt le lieu et le moment de son expression.
“Nous ne pouvons pas avoir 130 conflits différents représentés, aussi terribles soient-ils, pendant les compétitions,” a déclaré M. Adams, évoquant les nombreux conflits armés en cours dans le monde. “Une fois que nous commençons à prendre position sur les guerres et les conflits, il n’y a pas de fin. Si nous reflétons tous ces conflits sur le terrain sportif, il n’y aura plus de sport.”
La décision a suscité une vive réaction, M. Heraskevych envisageant de faire appel auprès du Tribunal Arbitral du Sport. L’athlète a exprimé son désarroi, qualifiant la situation d’“un vide émotionnel”.
Un précédent contesté
L’incident soulève des questions sur la cohérence de l’application des règles du CIO. M. Heraskevych a cité l’exemple de Maxim Naumov, patineur artistique américain, qui a brandi une photo de ses parents décédés après sa performance. Il a également mentionné le judoka israélien Peter Paltchik, qui a embrassé un drapeau militaire lors de la célébration d’une médaille aux Jeux de Paris 2024, et Nike Lorenz, joueuse allemande de hockey sur gazon, qui a porté un ruban arc-en-ciel à la cheville aux Jeux de Tokyo 2021 en soutien à la communauté LGBTQ+. Aucun de ces athlètes n’a été sanctionné.
Le CIO a justifié ces différences en soulignant que M. Naumov avait présenté son hommage après avoir quitté le terrain de jeu, une option qui avait également été proposée à M. Heraskevych.
Des règles conçues pour protéger les athlètes ?
Les règles du CIO, élaborées par une commission incluant plus de 3 500 athlètes en 2021, visent à préserver la neutralité du sport et à protéger les athlètes contre les pressions politiques. Selon M. Adams, ces règles sont une “protection” pour les athlètes, notamment ceux qui pourraient être contraints d’exprimer des opinions qu’ils ne partagent pas.
Cependant, des critiques estiment que cette neutralité peut renforcer les inégalités et marginaliser certaines communautés. Le conseil sur la race et la justice sociale du Comité Olympique et Paralympique des États-Unis avait déjà souligné en 2021 que la capacité à rester neutre en temps d’oppression est un privilège.
Un effort de compromis infructueux
La présidente du CIO, Kirsty Coventry, a rencontré M. Heraskevych jeudi matin, deux heures avant sa course, pour tenter de trouver une solution. Elle lui a proposé de porter un brassard noir en signe de deuil et de pouvoir présenter son casque aux médias après la compétition. M. Heraskevych a refusé ces alternatives, estimant qu’elles ne rendaient pas justice à la mémoire de ceux qu’il souhaitait honorer.
L’athlète espère que les chaînes de télévision diffuseront des images de lui portant le casque lors de ses entraînements, afin de rendre hommage aux victimes de la guerre. “Ils méritent ce moment,” a-t-il déclaré.
L’affaire Heraskevych met en lumière les tensions croissantes entre la neutralité sportive et l’expression des convictions personnelles, et soulève des questions fondamentales sur le rôle du CIO dans un monde de plus en plus polarisé. Elle rappelle également l’impact profond et personnel du conflit en Ukraine, qui dépasse largement le domaine du sport.
