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Japon Tech : Pourquoi encore Fax et Tampons ?





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Japon : La Révolution Numérique Imposée par l’Urgence, Entre Télécopieurs et Intelligence Artificielle

Publié pour nouvelles-du-monde.com

Le Japon est-il enfin terminé avec le télécopieur? La lenteur de la transformation numérique du pays est un sujet brûlant.
Photo: 123rf

Alors que l’imaginaire collectif associe le Japon à une pointe de futurisme, peuplé de gratte-ciel néons, de robots avancés et d’innovations de pointe, une réalité plus terre-à-terre persiste : celle des télécopieurs, des disquettes et des sceaux personnalisés (Hanko). Ces reliques technologiques, longtemps reléguées au passé dans la plupart des pays développés, ont obstinément survécu au sein de l’archipel, créant un décalage souvent frustrant pour ses habitants et posant un défi majeur à sa modernisation. Cette situation a mis en lumière un besoin urgent de transformation numérique, accéléré par les contraintes de la pandémie de Covid-19.

Pour de nombreux résidents, naviguer dans cette bureaucratie anachronique est une source de mécontentement, qualifiant parfois les systèmes de “portails en enfer”. La pandémie a révélé de manière spectaculaire les failles de ce système, le gouvernement japonais luttant pour déployer des outils numériques efficaces face à une crise sanitaire mondiale. Bien que des efforts significatifs aient été lancés, incluant la création d’une agence numérique dédiée et une multitude d’initiatives, le Japon se retrouve à rattraper des décennies de développement technologique, arrivant sur la scène du World Wide Web avec un retard considérable.

Les Racines d’un Retard Technologique

Le Japon, autrefois admiré mondialement pour ses prouesses industrielles dans les années 70 et 80 avec des géants comme Sony, Toyota et Nintendo, a semblé perdre son élan au tournant du siècle. Alors que le monde s’orientait vers des économies axées sur le logiciel et les services, le pays, fort de son excellence matérielle, a tardé à s’adapter. Daisuke Kawai, directeur du programme de sécurité économique et d’innovation politique à l’Université de Tokyo, explique ce phénomène par plusieurs facteurs : un sous-investissement dans les technologies de l’information et de la communication, et un exode d’ingénieurs qualifiés vers des entreprises étrangères à mesure que l’industrie électronique déclinait. Il en résulte un gouvernement manquant de littératie numérique et une pénurie de travailleurs technologiques.

Au fil des années, des stratégies informatiques disparates et fragmentées ont été adoptées par différents ministères, empêchant une modernisation cohérente des services publics. La dépendance persistante aux documents papier et aux sceaux Hanko pour la vérification d’identité est un symptôme de cette fragmentation. Des facteurs culturels ont également joué un rôle : une culture d’entreprise opposée au risque, une hiérarchie rigide et des processus de décision lents basés sur le consensus ont freiné l’innovation, selon M. Kawai.

La démographie du Japon, avec une population vieillissante, a aussi contribué à une réticence générale face aux nouvelles technologies, alimentée par la méfiance envers la fraude numérique et une préférence pour les méthodes traditionnelles. Jonathan Coopersmith, professeur émérite d’histoire à la Texas A&M University, souligne que les petites entreprises et les particuliers ne voyaient pas la nécessité de remplacer des télécopieurs fonctionnels, d’autant plus que leur utilisation était généralisée. Les grandes institutions, quant à elles, craignaient une perturbation trop importante de leurs services. Le changement technologique, surtout logiciel, est d’autant plus complexe qu’il implique des modifications réglementaires massives, un processus que les législateurs n’ont pas toujours priorisé, faute de pression électorale.

La Pandémie : Un Déclencheur d’Urgence Numérique

Paradoxalement, alors que le Japon excellait dans des domaines comme la robotique et maintenait des standards de vie élevés (espaces publics sûrs, transports efficaces), ses défaillances numériques devenaient flagrantes. L’épisode de 2018, où un ministre de la cybersécurité a avoué ne jamais avoir utilisé d’ordinateur, a suscité l’indignation. En 2019, la fin des services de pagers, technologie obsolète depuis des décennies, marquait un symbole de ce décalage.

La bureaucratie héritée de ces technologies anciennes rendait les démarches administratives complexes. L’ouverture d’un compte bancaire ou l’inscription à un logement pouvait exiger un Hanko et des documents à demander en personne dans les mairies. C’est la pandémie de Covid-19 qui a agi comme un catalyseur. Les autorités, submergées, ont dû reconnaître le manque d’outils numériques pour rationaliser leurs processus. Le lancement tardif d’un portail en ligne pour le signalement des cas de Covid-19, encore dépendant des télécopies et des appels téléphoniques, a illustré cette difficulté.

Les ratés se sont multipliés : une application de suivi de contacts défectueuse, des difficultés d’adaptation au télétravail et à l’enseignement à distance faute d’outils numériques basiques. Le cas ahurissant de 2022, où 46,3 millions de yens (environ 530 000 NZD) de fonds de secours Covid ont été transférés par erreur sur le compte d’un particulier à cause d’une gestion chaotique mêlant disquettes et formulaires papier, a symbolisé l’ampleur du problème. Takuya Hirai, nommé ministre de la Transformation Numérique, a qualifié la gestion de la pandémie de “défaite numérique”, menant à la création de l’Agence Numérique en 2021.

L’Agence Numérique à la Manœuvre : Une Course Contre la Montre

L’Agence Numérique, née d’un “mélange de peur et d’opportunité”, selon M. Coopersmith, s’est vu confier la mission de moderniser le Japon. Parmi ses initiatives : le déploiement d’une carte de sécurité sociale intelligente et la promotion d’infrastructures cloud. En juillet dernier, elle a annoncé avoir “gagné la guerre contre les disquettes”, éliminant ces supports de tous les systèmes gouvernementaux, un chantier colossal impliquant la suppression de plus de 1000 réglementations.

Malgré ces avancées, des résistances subsistent. Le plan de l’agence pour supprimer les télécopieurs au sein du gouvernement a rencontré 400 objections officielles de divers ministères en 2021. Des traditions comme le Hanko, chargées de signification culturelle, sont plus difficiles à éradiquer. Le rythme de la transformation dépendra de la volonté de l’agence à pousser les réformes réglementaires et de la priorisation de la numérisation par les législateurs dans les budgets futurs.

Le Japon doit également composer avec l’évolution constante des technologies, ses concurrents ne cessant d’avancer. “Ce sera un défi continu, car les technologies numériques de 2025 seront différentes de celles de 2030, 2035”, avertit M. Coopersmith. Cependant, les experts restent optimistes, estimant que le Japon pourrait rattraper certains de ses homologues occidentaux d’ici 5 à 10 ans.

Numérisation : Un Impératif Stratégique pour l’Avenir

Cette impulsion gouvernementale a incité les entreprises à suivre le mouvement, faisant appel à des consultants externes pour réviser leurs systèmes. Masahiro Goto, consultant au Nomura Research Institute (NRI), constate une demande croissante pour ses services, les entreprises japonaises reconnaissant la nécessité de moderniser leurs systèmes obsolètes. Beaucoup manquent des compétences internes nécessaires, ayant historiquement externalisé leurs besoins informatiques.

“Fondamentalement, ils veulent rendre leurs opérations plus efficaces et je pense qu’ils veulent adopter activement les technologies numériques comme moyen de survie”, explique M. Goto. “Après tout, la population du Japon va continuer de baisser, donc l’amélioration de la productivité est essentielle.” Cette prise de conscience répond à un besoin de survie économique dans un contexte démographique changeant. Les pratiques comme les paiements sans espèces se multiplient, signe d’une adhésion progressive du public aux solutions numériques.

Il existe une véritable soif de numérisation au sein de la population, particulièrement chez les jeunes générations. “Les gens sont généralement impatients de numériser à coup sûr”, confirme M. Kawai. “Je suis sûr que les jeunes ou le grand public préfèrent numériser le plus vite possible.” Le chemin est encore long, mais le Japon a enfin embrassé la nécessité de cette transformation, la considérant désormais comme un pilier essentiel de sa compétitivité et de sa résilience futures. L’héritage de technologies dépassées commence à céder la place à une vision plus moderne et agile, une évolution cruciale pour son rayonnement mondial et sa prospérité.

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