Nouvelle direction pour l’Iran : Mojtaba Khamenei succède à son père, Ali Khamenei, à la tête de la République islamique
Téhéran – L’Iran entre dans une nouvelle ère avec la nomination de Mojtaba Khamenei au poste de Guide suprême, succédant à son père, Ali Khamenei. Cette transition, qualifiée d’« acte final de résistance » par l’experte en Iran Ellie Geranmayeh du Conseil européen des relations internationales, intervient dans un contexte de tensions régionales exacerbées et de mécontentement intérieur. La décision, qui ne manquera pas de susciter des réactions fortes, notamment aux États-Unis, est perçue comme une affirmation de continuité par le régime iranien.
La nomination de Mojtaba Khamenei intervient après une période de troubles civils importants en Iran, avec des manifestations nationales en décembre et janvier qui ont mis le régime au bord du précipice. La répression brutale de ces protestations, qui a fait des milliers de morts et des dizaines de milliers d’arrestations, témoigne de la détermination du pouvoir à maintenir le contrôle.
« Le même cercle de personnes qui est au pouvoir depuis 1979 n’a ni l’intention de partir, ni ne tiendra compte des demandes de 85 % des Iraniens qui souhaitent un gouvernement qui les traite décemment et ne conduit pas le pays au désastre », a déclaré John Limbert, ancien diplomate américain ayant été otage à Téhéran dans les premières années de la Révolution islamique.
L’arrivée de Mojtaba Khamenei au pouvoir est également interprétée comme un message clair à la communauté internationale, notamment aux États-Unis et à Israël. Les analystes prévoient que le nouveau Guide suprême pourrait adopter une ligne encore plus dure que son prédécesseur, privilégiant la résistance et la défiance face aux pressions extérieures. Patrick Clawson et Farzin Nadimi, dans une analyse pour le Washington Institute for Near East Policy, suggèrent que Mojtaba Khamenei, animé par un « sentiment de vengeance », pourrait initier des purges pour renforcer l’idéologie de confrontation avec l’Amérique et Israël, ainsi que le rôle central des Gardiens de la révolution dans la gouvernance et l’économie.
Ali Larijani, actuel chef du Conseil suprême de sécurité nationale, a appelé à l’unité nationale autour du nouveau leadership, tout en avertissant que Mojtaba Khamenei gouvernera « avec fermeté » en temps de guerre. Les dirigeants politiques et militaires se sont rapidement engagés à lui apporter leur allégeance. La Russie, par la voix de Vladimir Poutine, a également exprimé son soutien à la nouvelle direction iranienne, réaffirmant sa « solidarité » avec Téhéran. L’Iran a fourni à la Russie des milliers de drones kamikazes utilisés dans l’invasion de l’Ukraine.
La nomination dynastique de Mojtaba Khamenei, qui a servi dans les Gardiens de la révolution pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980, est perçue par certains comme un retour aux traditions monarchiques de l’ancienne Perse. « La République islamique a maintenant prouvé qu’elle ne diffère guère des dynasties qui ont régné sur la vieille Perse pendant plus de deux millénaires », a observé John Limbert. « Les révolutionnaires avaient initialement rejeté le principe même de la règle dynastique. Maintenant, le fils succède au père, et ils répètent ce que les rois iraniens ont fait pendant des millénaires. »
L’avenir de l’Iran sous la direction de Mojtaba Khamenei reste incertain. Il devra faire face à des défis considérables, notamment la nécessité de légitimer son pouvoir auprès d’une population largement mécontente, de gérer une guerre dans son voisinage et de maintenir la stabilité économique du pays.
