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IPO Europe : Fenêtre de commercialisation accélérée face à la volatilité

Accélération des IPO en Europe : les banques courent contre la montre face à l’incertitude géopolitique

PARIS – Les banques européennes réduisent drastiquement la durée des phases de marketing pour les introductions en bourse (IPO), une stratégie visant à protéger les nouvelles cotations des turbulences persistantes sur les marchés mondiaux, exacerbées par les politiques imprévisibles de l’administration américaine. La course contre la montre est devenue la norme, alors que l’incertitude géopolitique et les fluctuations économiques pèsent sur la confiance des investisseurs.

Selon les données de Dealogic, la période moyenne de bookbuilding – la phase où les banques sollicitent les intentions d’achat des investisseurs après l’annonce publique d’une IPO – a chuté à un niveau record de cinq jours cette année, contre dix jours en 2022. Cette compression témoigne d’une nervosité croissante quant à l’exposition prolongée des IPO à la volatilité du marché.

Le cas de Czechoslovak Group (CSG), le plus grand fabricant d’armement d’Europe, illustre parfaitement cette tendance. Son introduction en bourse à Amsterdam, valorisée à 33 milliards d’euros, s’est déroulée sur une période de bookbuilding de seulement trois jours. De même, Asta Energy, en Autriche, a vu sa période de marketing limitée à quatre jours avant de bondir de 46% lors de ses premiers échanges à Francfort fin janvier.

“Depuis la crise financière de 2008, la logique du marché des IPO en Europe est de minimiser les risques”, explique Antoine Noblot, responsable des marchés de capitaux propres pour l’Europe du Nord chez BNP Paribas. “Les banques cherchent à réduire la fenêtre d’exposition aux aléas du marché.”

Cette accélération n’est pas propre à l’Europe. Les données de Dealogic pour les États-Unis montrent également une réduction de la durée des phases de marketing, atteignant un niveau proche du record cette année. Cependant, la demande soutenue des investisseurs pour les actifs européens a permis aux banques de réduire encore davantage ces fenêtres et de concentrer leurs efforts sur la préparation du terrain en amont des annonces publiques.

BNP Paribas, impliquée dans l’IPO de CSG, affirme avoir engagé plus de 150 investisseurs pendant plusieurs mois avant le début de la phase de bookbuilding. “Nous avions en quelque sorte notre propre IPO privée en cours”, confie Antoine Noblot. “Nous avions déjà une idée claire du prix probable et des 20 à 30 principaux investisseurs potentiels.”

L’instabilité politique et économique actuelle, notamment les tarifs douaniers américains et les tentatives d’acquisition de Groenland par l’administration américaine, ont exacerbé cette prudence. Plusieurs entreprises ont d’ailleurs reporté leurs projets d’IPO, comme le groupe de logiciels Visma, qui envisage de retarder son introduction en bourse à Londres suite à une récente baisse du secteur technologique. Liftoff Mobile, un fournisseur de logiciels américain, a également renoncé à son IPO, invoquant des “conditions de marché” défavorables.

Anvita Arora, co-responsable mondiale des marchés de capitaux propres chez Société Générale, souligne que “tout le monde essaie de raccourcir les délais d’exécution pour limiter son exposition aux imprévus.”

Un autre facteur contribuant à cette accélération est la concentration croissante des actifs entre les mains d’un nombre limité de grandes sociétés d’investissement. Cette dynamique permet aux banques de s’appuyer sur des investisseurs institutionnels solides et de sécuriser des engagements fermes, réduisant ainsi le risque d’échec.

Les introductions en bourse réussies s’appuient également de plus en plus sur des cornerstone investors – des investisseurs qui s’engagent à acquérir une part significative de l’offre, offrant ainsi une garantie de succès. Asta Energy a ainsi obtenu l’engagement de quatre cornerstone investors pour un montant total de 55 millions d’euros sur une offre de 125 millions d’euros. CSG a bénéficié d’un engagement de 900 millions d’euros de la part de BlackRock et d’une filiale du Qatar Investment Authority.

“L’état d’esprit actuel est de conclure et de sécuriser l’opération avant de l’élargir”, résume Anvita Arora.

Cette stratégie rappelle les pratiques observées lors du rebond des marchés après la pandémie de COVID-19, où les IPO ont commencé à reprendre en 2020 et 2021. Les groupes JDE Peet et The Hut Group, deux des plus importantes IPO européennes de 2020, ont également bénéficié d’engagements importants de cornerstone investors et d’une période de marketing relativement courte.

Stéphane Gruffat, responsable mondial de la syndication des marchés de capitaux propres chez Deutsche Bank, explique que “le marketing des IPO a considérablement évolué vers une approche plus privée. Dans certains cas, nous pouvons même tronquer complètement la phase formelle de bookbuilding, car la plupart des préparatifs sont déjà effectués avant l’annonce publique.”

Cette tendance souligne la nécessité pour les entreprises envisageant une IPO de se préparer minutieusement et de nouer des relations solides avec les investisseurs potentiels bien avant le lancement officiel de l’opération. L’incertitude géopolitique et la volatilité des marchés exigent une approche proactive et une exécution rapide pour maximiser les chances de succès.

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