Le journaliste et historien Mkhululi Sibanda, rédacteur adjoint du Sunday News, a été inhumé à son domicile rural de Donkwe Donkwe, dans la région de Kezi, au Matabeleland South. La cérémonie, qui s’est déroulée dans la nuit de jeudi à vendredi, a rassemblé des centaines de personnes, dont des proches, des journalistes, des anciens combattants, des responsables gouvernementaux et des villageois, venus rendre un dernier hommage à une figure marquante de la presse zimbabwéenne.
L’inhumation de Mkhululi Sibanda à Donkwe Donkwe
Reconnu comme héros de la libération, Mkhululi Sibanda est célébré pour son travail de documentation sur l’histoire du ZPRA (Zimbabwe People’s Revolutionary Army) et son engagement à préserver la mémoire nationale par l’écriture. Sa sépulture à Kezi souligne une distinction rare : il devient l’un des rares journalistes du pays à recevoir ce statut, rejoignant son père, lui-même héros de la lutte de libération, au sein du panthéon national.
Un hommage national pour un « fils galant »
Le Dr Omphile Marupi honore le patriotisme de la plume
Malgré les températures hivernales qui ont plongé sur la région de Kezi jeudi soir, la foule est restée rassemblée à la ferme familiale de Sibanda jusqu’aux premières heures du vendredi matin, partageant des récits, chantant des hymnes et célébrant la vie d’un homme dont la plume a été reconnue comme une arme au service de la nation. Pour le Dr Omphile Marupi, vice-ministre de l’Information, de la Publicité et des Services de radiodiffusion, cette distinction souligne que le patriotisme ne se limite pas aux champs de bataille.
« Nous avons perdu un fils galant. Ce n’est pas seulement sa famille qui a perdu un enfant, mais le pays tout entier parce que ce qu’il écrivait, il ne l’écrivait pas seulement pour lui-même ou sa famille, mais il offrait ses services au pays tout entier », a déclaré le Dr Marupi. Il a ajouté que l’élévation de Sibanda au rang de héros de la libération rappelle que « la plume peut être plus puissante que l’épée ».
L’héritage d’un journaliste-historien
William Chikoto salue la carrière exemplaire chez Zimpapers
La carrière de Mkhululi Sibanda, débutée chez Zimpapers en 2001, a été marquée par une ascension constante fondée sur la discipline et le travail acharné. William Chikoto, PDG de Zimpapers, a souligné la rigueur exemplaire du défunt : « Il était discipliné tout au long de sa carrière et n’a jamais été traduit devant un conseil de discipline. C’est quelque chose que tous les journalistes ici présents doivent imiter. »
Au-delà de son rôle de rédacteur, Sibanda est devenu une figure de proue de la décolonialité médiatique. À travers sa chronique hebdomadaire Lest We Forget dans le Sunday News, il a documenté les récits des anciens combattants, notamment ceux du ZPRA. Son travail a servi de base à plusieurs ouvrages, dont le livre Lest We Forget: Histories of the Zimbabwe People’s Revolutionary Army (ZPRA), édité en 2019 par Pathisa Nyathi, Jocelyn Alexander et JoAnn McGregor, ainsi que l’ouvrage de Methembe Hadebe publié en 2021, Yithi Laba: Diaries of the Role of ZAPU-ZPRA Women Combatants in the Liberation Struggle of Zimbabwe.
Une plume au service de la vérité historique
La documentation des stratégies du ZPRA
Sibanda s’est distingué par sa capacité à rendre complexes les enjeux révolutionnaires accessibles au lecteur quotidien. Son travail a permis de transformer la documentation historique en un manuel pour la compréhension de l’indépendance zimbabwéenne. Comme le souligne le récit de son parcours, il a brisé les règles de l’historiographie zimbabwéenne et « fracturé la colonne vertébrale du monopole narratif blanc ».
« Il a compris que le journalisme porte une responsabilité au-delà du simple reportage d’événements ; il porte le devoir de préserver la vérité, de promouvoir la compréhension et de sauvegarder l’intérêt national », a affirmé William Chikoto lors des hommages.
Né en Rhodésie coloniale en 1971, Mkhululi Sibanda a consacré plus de trois décennies au journalisme. Son œuvre, qui a exploré le recrutement, l’entraînement et les stratégies du ZPRA, laisse derrière elle un héritage qui, selon les intervenants présents à ses obsèques, continuera de parler longtemps après sa disparition, cimentant la place unique de la famille Sibanda dans l’histoire de la nation.
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