L’ICE étend ses opérations à l’intérieur des États-Unis, suscitant inquiétudes et remises en question
Minneapolis, Minnesota – Des images glaçantes d’agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), lourdement armés et masqués, interpellant des individus – hommes, femmes et enfants – devant les tribunaux, dans les écoles et même au domicile, sont devenues monnaie courante à travers les États-Unis ces derniers temps. Un tournant inquiétant qui marque une évolution significative des tactiques de l’agence et soulève des questions fondamentales sur l’équilibre entre sécurité nationale et droits civiques.
Le 7 janvier 2026, la fusillade mortelle d’une citoyenne américaine, Renee Nicole Good, par un agent de l’ICE dans le Minnesota, a particulièrement choqué l’opinion publique. Cette tragédie, filmée et largement diffusée, illustre la brutalité parfois extrême des méthodes employées par l’agence. Voir la vidéo ici.
Historiquement, l’application de la loi en matière d’immigration était concentrée à la frontière américano-mexicaine, avec des agents de la Customs and Border Protection (CBP) effectuant la majorité des expulsions. Entre 2010 et 2020, près de 80% de toutes les déportations étaient initiées à la frontière. Pendant la pandémie de COVID-19, ce chiffre a grimpé à 98% avec l’utilisation de la section 42 du code de santé publique, permettant des expulsions rapides.
Mais depuis 2025, sous la présidence de Donald Trump, une stratégie de déplacement de l’application de la loi vers l’intérieur des États-Unis a été mise en œuvre, avec l’ICE jouant un rôle central. Cette nouvelle approche, documentée par des chercheurs en migration et en droits humains, interroge la perception de l’immigration comme une menace à la sécurité nationale.
Une mutation de la perception de l’immigration
Créée en 2002 dans le cadre du Department of Homeland Security (DHS), suite aux attentats du 11 septembre, l’ICE a été conçue pour traiter l’immigration comme une question de sécurité nationale. Le DHS, qui regroupe 22 agences, inclut la CBP, l’ICE et les services de citoyenneté et d’immigration des États-Unis (USCIS).
La justification de cette approche remonte à une communication présidentielle de George W. Bush en 2002, qui soulignait la nécessité d’une nouvelle structure gouvernementale pour protéger le pays contre des “ennemis invisibles”. Depuis lors, la politique migratoire américaine a été imprégnée de cette perspective sécuritaire.
L’administration Trump a fixé un objectif ambitieux de déporter un million de personnes au cours de sa première année. Face à un nombre limité de traversées de la frontière, l’accent a été mis sur l’application de la loi à l’intérieur du pays. Un budget conséquent, estimé à 170 milliards de dollars sur quatre ans, a été alloué à l’ICE pour les arrestations, la détention et l’expulsion d’immigrants déjà installés aux États-Unis, contre environ 30 milliards de dollars en 2024.
Un héritage de politiques répressives
Si l’intensification des opérations de l’ICE est souvent associée à l’administration Trump, elle s’inscrit dans une tendance plus large. L’application de la loi à l’intérieur des États-Unis a été renforcée sous la présidence de Bill Clinton dans les années 1990 avec l’adoption de l’Illegal Immigration Reform and Immigrant Responsibility Act. Barack Obama, surnommé le “Déporteur en Chef” par certains, a également supervisé plus de 3 millions de déportations pendant ses deux mandats, dont 69% à la frontière.
Cependant, l’augmentation spectaculaire du financement alloué au contrôle des migrations – à la frontière et à l’intérieur du pays – a conduit à la situation actuelle. Entre 2003 et 2024, le Congrès a alloué environ 24 dollars pour l’application de la loi migratoire par l’ICE et la CBP pour chaque dollar dépensé pour le système des tribunaux d’immigration chargés de traiter les demandes d’asile.
Un impact sur l’opinion publique
La visibilité accrue des opérations de l’ICE dans les communautés américaines pourrait bien modifier l’opinion publique sur les tactiques de déportation. Alors que 28% des Américains considéraient l’immigration comme le problème le plus important du pays juste avant l’élection présidentielle de 2024, ce chiffre est tombé à 19% en décembre 2025, suggérant une perception croissante de l’immigration comme un problème gérable plutôt qu’une crise.
Des études universitaires confirment cette tendance. Les chercheurs en migration ont démontré que les électeurs peuvent soutenir des politiques d’immigration restrictives lors des élections, mais résistent et protestent lorsque ces politiques sont mises en œuvre dans leurs communautés.
Le soutien à la gestion de l’immigration par Trump est en baisse. Un sondage CNN de début janvier 2026 indique que seulement 41% des Américains approuvent son approche, contre 51% en mars de l’année précédente. Cette baisse de popularité s’accompagne de critiques de la part de sénateurs républicains tels que Thom Tillis, Lisa Murkowski et Joni Ernst, qui ont exprimé leurs préoccupations concernant les opérations de l’ICE dans le Minnesota. Image de protestation ici
La violence de la campagne de déportation massive de Trump pourrait donc être en train de changer la façon dont les Américains perçoivent l’immigration. Les images de personnes “arrachées” à leur foyer, comme le cas de Renee Good, et les arrestations musclées dans les quartiers résidentiels, sont difficiles à ignorer et pourraient bien remettre en question les politiques migratoires actuelles. Image d’agents ICE confrontés à des manifestants
