Minnesota : Entre répression migratoire, accusations de persécution et contestation d’une église controversée
Saint Paul, Minnesota – Une église de Saint Paul, la Cities Church, est au cœur d’une controverse croissante, mêlant accusations de complicité avec les autorités d’immigration, dénonciations de pratiques sectaires et questions sur la liberté religieuse. L’incident, qui a débuté par une manifestation pacifique le 18 janvier, a rapidement dégénéré en arrestations et en une rhétorique incendiaire de la part de personnalités politiques conservatrices.
L’étincelle a été allumée par une action de militants anti-immigration qui ont interrompu un service religieux à la Cities Church, en raison du rôle de l’un de ses pasteurs, David Easterwood, en tant que directeur de terrain pour l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Les manifestants dénonçaient les opérations d’ICE dans la région, notamment le décès de Renee Nicole Good, abattue par un agent d’ICE en janvier 2026, ainsi que des perquisitions illégales, des menaces de violence et des arrestations arbitraires, touchant particulièrement les communautés de couleur.
La réponse n’a pas tardé. L’Attorney General Pam Bondi a défendu l’arrestation des trois manifestants non-violents, qualifiant leur action d’atteinte à la liberté religieuse. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a dénoncé des « émeutes d’église » sur son compte X (anciennement Twitter), une description jugée mensongère par de nombreux observateurs. Des figures de la droite conservatrice, comme Erika Kirk de Turning Point USA et le pasteur William Wolfe, ont qualifié les manifestants de « démoniaques » et affirmé que les chrétiens étaient la communauté religieuse la plus persécutée aux États-Unis.
Au-delà de la liberté religieuse : un contexte de répression migratoire
Cette affaire intervient dans un contexte de durcissement des politiques migratoires sous l’administration Trump, et d’une augmentation des opérations d’ICE dans le Minnesota. Des incidents tragiques, comme celui où un bébé a failli être blessé par des gaz lacrymogènes tirés par des agents d’ICE sur une famille rentrant d’un match de basketball, ont alimenté la colère et la frustration des communautés locales. Plus récemment, en janvier 2026, Alex Jeffrey Pretti, infirmier en soins intensifs, a été blessé par balle par un agent de la Border Patrol alors qu’il aidait une femme à se relever. Une vidéo de l’incident semble contredire la version initiale des autorités.
« La rhétorique sur la persécution religieuse est une tentative de détourner l’attention de la réalité brutale que ces personnes, en votant pour Trump, ont contribué à déchaîner », explique Amanda Marcotte dans un article publié par Salon. « Une femme tuée devant sa femme et ses enfants, des familles déchirées, un bébé presque tué par des agents d’ICE… »
Cities Church : un bastion conservateur aux pratiques controversées
La Cities Church, au centre de la polémique, est connue pour ses positions conservatrices et son adhésion à une théologie patriarcale. Selon Rick Pidcock, un ancien fondamentaliste et expert en musique d’adoration, l’église est enracinée dans un réseau d’églises d’extrême droite qui prônent une soumission féminine radicale. Pidcock souligne que le leader idéologique de ce réseau, John Piper, estime que les femmes ne devraient pas occuper des postes de direction où elles pourraient donner des ordres à des hommes.
Le pasteur Jonathan Parnell, qui dirigeait le service religieux interrompu par les manifestants, a lui-même écrit sur la nécessité pour les hommes de « diriger ». L’église propose des cours aux femmes sur « l’art de la soumission » à leur mari, même dans des situations d’abus émotionnel ou financier.
L’influence de la droite radicale et la remise en question de l’empathie
L’influence de la droite radicale se manifeste également à travers la présence de Joe Rigney, un autre pasteur de la Cities Church, devenu une figure montante des médias conservateurs. Rigney, en collaboration avec la podcasteuse Allie Beth Stuckey, promeut l’idée controversée que l’empathie est un péché. Il a également collaboré avec Doug Wilson, un pasteur qui a fait l’apologie de l’esclavage et dénoncé le suffrage féminin, pour affirmer que les gens sont « manipulés par l’empathie ».
Tim Whitaker, un ancien nationaliste chrétien qui dénonce désormais le mouvement sur sa chaîne YouTube, souligne que la Cities Church est issue de la Southern Baptist Convention, fondée en 1845 pour défendre le droit de posséder des esclaves. « Cette église devrait être perturbée », affirme-t-il. « Jésus aurait été aux côtés de ces manifestants. »
Un débat sur la liberté d’expression et la critique religieuse
L’incident soulève des questions fondamentales sur la liberté d’expression et la critique religieuse. Si la liberté de religion est un droit fondamental, elle ne doit pas servir de bouclier contre la critique, surtout lorsque les enseignements d’une église ont un impact négatif sur la vie des autres.
Nekima Levy Armstrong, une avocate et militante des droits civiques également pasteure, souligne l’hypocrisie de ceux qui dénoncent la perturbation d’un service religieux alors qu’ils soutiennent une agence gouvernementale responsable de la brutalité et de la terreur.
Le débat est loin d’être clos. L’affaire de la Cities Church met en lumière les tensions croissantes entre les communautés progressistes et conservatrices aux États-Unis, et la nécessité d’un dialogue honnête et respectueux sur les questions de migration, de justice sociale et de liberté religieuse.
Vidéo de l’incident à la Cities Church
Interview de Nekima Levy Armstrong sur Democracy Now!
