La ruée vers l’IA pourrait créer une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, selon le PDG de Nvidia
DAVOS, Suisse – Alors que l’intelligence artificielle suscite des inquiétudes quant à la suppression d’emplois, Jensen Huang, PDG de Nvidia, met en garde contre un scénario paradoxal : une pénurie de main-d’œuvre, et ce, à court terme. L’essor fulgurant des centres de données, nécessaire à l’IA, exige une infrastructure massive, et donc, une armée de professionnels qualifiés dans les métiers du bâtiment.
Lors d’une interview avec Larry Fink, PDG de BlackRock, en marge du Forum économique mondial de Davos, Huang a affirmé que la construction de cette infrastructure représente « le plus grand chantier de l’histoire humaine », et qu’elle générera un nombre considérable d’emplois. L’impact se fera particulièrement sentir dans les métiers du bâtiment, où les salaires ont déjà augmenté de près de 50% selon Huang. Il prévoit que les professionnels impliqués dans la construction de ces usines de semi-conducteurs, d’usines informatiques et de centres de données pourraient bientôt percevoir des salaires à six chiffres.
« Tout le monde devrait avoir la possibilité de gagner sa vie décemment », a déclaré Huang, soulignant que ces opportunités ne nécessitent pas nécessairement un diplôme d’études supérieures en informatique.
Les chiffres confirment cette tendance. Selon les données du Bureau of Labor Statistics américain pour 2024, le salaire médian annuel des électriciens s’élève à environ 62 000 dollars, tandis que celui des ouvriers du bâtiment est d’environ 46 000 dollars et celui des plombiers, des installateurs de tuyaux et des chauffagistes, de près de 63 000 dollars. La croissance prévue pour ces professions, de 2024 à 2034, dépasse déjà le taux moyen de croissance de l’emploi (3%), avec une augmentation particulièrement forte pour les électriciens (9%), ce qui devrait créer environ 81 000 postes par an.
Les États-Unis sont déjà confrontés à un « boom significatif » dans ces secteurs, entraînant une « grave pénurie » de professionnels qualifiés. L’essor de l’IA ne fera qu’aggraver ce déficit. Un rapport de McKinsey publié en décembre 2022 révélait que 490 000 postes de construction étaient vacants, un niveau record depuis le début du siècle.
Huang n’est pas le seul dirigeant à anticiper un impact positif de l’IA sur les métiers manuels. Alex Karp, PDG de Palantir, a qualifié les compétences professionnelles de « très précieuses, voire irremplaçables » lors d’une intervention à Davos. Jim Farley, PDG de Ford, a également souligné le manque de main-d’œuvre qualifiée pour soutenir les ambitions américaines en matière de centres de données, affirmant que « l’intention est là, mais il n’y a rien pour combler l’ambition ». (Source : Axios, août 2025).
Cette demande ne se limitera pas aux États-Unis. Huang estime que chaque pays aura besoin de l’IA comme partie intégrante de son infrastructure, ce qui impliquera une demande mondiale de professionnels qualifiés dans les métiers du bâtiment.
Cette situation soulève des questions importantes sur la formation professionnelle et la nécessité de valoriser les métiers manuels. Le gouvernement américain, par exemple, a mis en place des programmes de formation et de reconversion professionnelle pour répondre à ces besoins croissants (Source : Département du Travail des États-Unis). L’avenir de l’IA pourrait donc dépendre, paradoxalement, de la capacité à former une nouvelle génération de plombiers, d’électriciens et de constructeurs.
