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Hollywood : Être Brown, c’est prétendre ?

Hollywood face au miroir : un acteur dénonce le prix de la “diversité”

LOS ANGELES (AP) – Christopher Rivas, acteur américain d’origine dominicaine et colombienne, dénonce un paradoxe persistant à Hollywood : l’industrie du divertissement, qui se targue de progrès en matière de diversité, continue de conditionner le succès des acteurs issus de minorités à une forme d’assimilation culturelle. Dans un texte poignant, publié initialement sur Popsugar, Rivas expose les pressions subtiles et parfois directes auxquelles il est confronté, et qui remettent en question la sincérité des engagements pris par les studios.

L’acteur, connu pour son rôle dans la série “Call Me Kat” sur Fox, relate une anecdote frappante : lors d’un tournage, un réalisateur lui a demandé de modérer ses gestes, jugeant ses “mains ethniques” trop expressives. “White hands, Chris, white hands,” se répétait-il, ironiquement, pour se conformer aux attentes. Un exemple qui illustre, selon lui, une réalité plus large : la valorisation d’un certain standard esthétique, historiquement associé à la blancheur, qui continue de dicter les règles du jeu.

Cette pression à se conformer, à “calmer les boucles” comme il l’exprime, est d’autant plus frustrante que le paysage démographique américain évolue rapidement. Selon les données de Pew Research Center, les populations latines ont représenté la moitié de la croissance démographique des États-Unis entre 2010 et 2019, atteignant 18% de la population totale. Un chiffre en constante augmentation. Pourtant, cette diversité ne se reflète pas encore suffisamment à l’écran.

Rivas pointe du doigt un problème systémique : tant que les décideurs et les détenteurs du pouvoir économique à Hollywood restent majoritairement blancs, les acteurs de couleur sont contraints de se rendre désirables à un regard spécifique. “Mon corps a été transformé en un objet de désir par la blancheur,” écrit-il. “Et tant que les principaux décideurs et ceux qui signent les chèques sont blancs, je dois être désirable pour eux.”

L’acteur ne se contente pas de dénoncer la situation. Il souligne l’importance de prendre le contrôle de la narration et de la production. “Il est agréable de recevoir des chèques importants (j’ai un loyer à payer), mais rien ne changera tant que moi et les personnes qui me ressemblent ne les signerons pas.” Il rappelle que la véritable transformation passe par une redistribution du pouvoir et une plus grande inclusion des minorités à tous les niveaux de l’industrie.

Rivas a déjà exploré ces thèmes dans un court-métrage pour le New York Times en 2020, qui abordait le paradoxe de “réussir” à Hollywood en se conformant à des normes établies tout en essayant de rester authentique. Il observe avec déception que les initiatives de diversité et les embauches de responsables DEI (Diversité, Équité et Inclusion) n’ont pas encore produit les résultats escomptés.

L’acteur ne se fait pas d’illusions sur les défis qui restent à relever. Il évoque la tentation de se plier aux stéréotypes, d’accepter des rôles de criminels ou de dealers pour rester visible. Mais il refuse de renoncer à son intégrité. “Nous vivons dans un monde où les corps de culture sont constamment invités à abandonner des parties d’eux-mêmes pour progresser,” affirme-t-il.

Rivas appelle ses collègues acteurs et actrices issus de minorités à rester fermes dans leurs convictions, à défendre leurs limites et à créer leurs propres opportunités. Il cite William Blake, pour qui l’imagination est une “vision divine”, et exhorte Hollywood à utiliser son pouvoir pour imaginer un avenir plus inclusif et plus juste.

Il conclut en exprimant son espoir de voir un jour des histoires où les personnages issus de minorités ne sont pas définis par leur race ou leur origine ethnique, mais simplement par leur humanité. “J’aimerais voir une comédie romantique entre un Indien et un Portoricain, ou une série de science-fiction futuriste avec une bande originale de bachata,” imagine-t-il. “Des histoires où les personnages bruns sont simplement en train de vivre, de parler et d’être, sans que tout soit centré sur leur identité.”

Christopher Rivas est l’auteur de “Brown Enough”, une exploration de l’identité latino-américaine, et anime les podcasts “Brown Enough” et “Rubirosa”. Son dernier livre, “You’re a Good Swimmer”, aborde la conception inclusive et non genrée.

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