L’administration de la chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale (CHIP) en complément de la chirurgie cytoréductrice constitue une option thérapeutique pour certaines patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire épithélial récidivant. Selon les recommandations de la Société Européenne de Gynécologie Oncologique (ESGO), cette procédure multidisciplinaire vise à éliminer les résidus tumoraux microscopiques persistants après l’intervention chirurgicale.
Méthodologie et cadre d’application de la CHIP
La CHIP consiste en l’instillation d’une solution de chimiothérapie chauffée, généralement entre 40 et 42 degrés Celsius, directement dans la cavité péritonéale. Cette technique est réalisée immédiatement après la résection complète des lésions tumorales visibles. L’objectif thermique est d’augmenter la pénétration des agents cytotoxiques dans les tissus et de renforcer leur effet létal sur les cellules cancéreuses restantes, tout en limitant la toxicité systémique.
Dans un rapport publié par l’Institut National du Cancer (INCa), les experts soulignent que la sélection des patientes est une étape critique. La procédure est réservée aux cas où une chirurgie de cytoréduction complète, ne laissant aucune maladie résiduelle macroscopique, est techniquement réalisable. La présence de métastases extra-abdominales ou d’une atteinte parenchymateuse étendue constitue une contre-indication majeure à cette approche.
Analyse des résultats cliniques et survie
L’efficacité de la CHIP dans le cancer de l’ovaire fait l’objet d’évaluations rigoureuses depuis plusieurs années. Une étude pivot de phase III, publiée dans le New England Journal of Medicine (van Driel et al., 2018), a comparé l’association chirurgie et CHIP à la chirurgie seule chez des patientes présentant un cancer de l’ovaire de stade III après une chimiothérapie néoadjuvante.
Les résultats de cette étude indiquent une amélioration notable de la survie globale.
Le groupe ayant reçu la CHIP a présenté une survie globale médiane de 45,7 mois, contre 33,9 mois dans le groupe traité par chirurgie seule.Willemien J.
Ces données suggèrent un bénéfice en termes de survie, bien que les taux de complications post-opératoires de grade 3 ou 4 soient restés comparables entre les deux cohortes, soulignant l’importance d’une expertise chirurgicale spécialisée pour minimiser les risques.
Défis de la prise en charge multidisciplinaire
La mise en œuvre de la CHIP nécessite une coordination étroite entre chirurgiens oncologues, anesthésistes-réanimateurs et oncologues médicaux. Le choix du protocole de chimiothérapie — souvent basé sur le cisplatine ou le paclitaxel — doit être adapté au profil de la patiente et à ses antécédents de traitements systémiques.
Les centres hospitaliers pratiquant la CHIP doivent répondre à des exigences strictes en matière de volume d’activité et de plateau technique. La complexité de la procédure impose une évaluation systématique de l’état nutritionnel et de la réserve fonctionnelle des patientes avant toute décision thérapeutique. Les complications potentielles, telles que les troubles électrolytiques ou les insuffisances rénales transitoires, imposent un suivi intensif en unité de soins post-opératoires spécialisée.
Perspectives et limites actuelles
Malgré les résultats prometteurs, la place de la CHIP dans l’arsenal thérapeutique demeure débattue. Les recommandations internationales varient selon les juridictions et les données disponibles. En 2026, l’accent est mis sur l’identification de biomarqueurs permettant de prédire la réponse à la chimiothérapie intrapéritonéale.
Le débat se cristallise autour de la sélection optimale des patientes : faut-il privilégier les patientes en première ligne de traitement ou celles présentant une première récidive ? Les recherches en cours tentent de standardiser les protocoles de perfusion et de température pour réduire l’hétérogénéité des pratiques observées entre les centres experts.
La décision d’intégrer la CHIP dans le parcours de soin reste une démarche personnalisée. Les patientes sont invitées à discuter des bénéfices attendus et des risques de morbidité avec leur équipe médicale pluridisciplinaire.
Consultez votre oncologue ou votre chirurgien spécialisé pour obtenir des informations adaptées à votre situation clinique spécifique.
