La guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran déstabilise le Moyen-Orient, poussant Beyrouth au bord du gouffre
Beyrouth, Liban – L’escalade du conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran projette une ombre de plus en plus sombre sur le Moyen-Orient, avec des répercussions immédiates et profondes sur le Liban. Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées à Beyrouth suite à une vaste opération militaire israélienne, tandis que les tensions régionales s’intensifient, menaçant de déstabiliser davantage une région déjà fragilisée.
Selon la journaliste libanaise Kim Ghattas, basée à Beyrouth puis déplacée vers le nord de la capitale, l’ordre d’évacuation émis par l’armée israélienne jeudi a touché une part significative de la population. "Environ 800 000 habitants, soit 13% de la population libanaise, ont été déplacés", a-t-elle déclaré à NPR. "Imaginez le désespoir, la panique et la pression que cela exerce sur le reste du pays."
L’intensification des hostilités est directement liée à la décision du Hezbollah, groupe armé soutenu par l’Iran, de lancer des roquettes sur Israël en signe de solidarité avec Téhéran, suite à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei. Cette action a déclenché une réponse militaire massive d’Israël, incluant des bombardements et une invasion terrestre au Liban.
Le gouvernement libanais a condamné les actions militaires du Hezbollah, les qualifiant d’illégales et appelant au départ des membres des Gardiens de la révolution iraniens du pays. Des arrestations ont également eu lieu dans le sud du Liban, où des individus ont été appréhendés en possession d’armes. Cependant, ces mesures sont perçues par beaucoup comme tardives et insuffisantes.
"Le gouvernement libanais avait l’occasion de démontrer son autorité sur l’ensemble du territoire, en particulier dans le sud", explique Ghattas. "La crainte de provoquer une guerre civile a paralysé les actions du gouvernement. Et maintenant, nous sommes en guerre avec Israël."
Malgré les récentes prises de position du gouvernement libanais, le risque de guerre civile demeure une préoccupation. Ghattas nuance cependant cette possibilité, estimant que l’excuse de la guerre civile a souvent servi à justifier l’inaction. "Il pourrait y avoir des incidents isolés, mais la pression est immense pour un pays qui a déjà traversé une période de conflit intense il y a un peu plus d’un an et demi."
L’impact de la guerre s’étend bien au-delà du Liban. L’Iran a lancé des missiles et des drones sur des pays voisins tels que l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis et Oman, ciblant des bases militaires américaines, mais touchant également des infrastructures civiles.
Les États du Golfe, confrontés à une escalade des tensions, ont exprimé leur mécontentement. Selon Ghattas, les dirigeants saoudiens ont fait part à l’administration Trump de leurs doutes quant à la faiblesse réelle de l’Iran, plaidant pour une approche diplomatique. "Ils ont dit : si vous optez pour la guerre, allez jusqu’au bout, car nous ne voulons pas nous retrouver avec un régime rancunier qui continuera à financer des milices dans la région et à chercher l’arme nucléaire."
L’Iran, en multipliant les attaques, cherche à augmenter le coût de la guerre pour tous, y compris les pays du Golfe, dans l’espoir de les inciter à faire pression sur les États-Unis pour une résolution rapide du conflit. Cette stratégie pourrait paradoxalement rapprocher les pays du Golfe, qui ont souvent entretenu des relations tendues, face à une menace commune.
"Nous assistons déjà à un rapprochement entre les pays qui ont souvent été en désaccord, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis", observe Ghattas. "Il est encore trop tôt pour dire s’ils vont s’unir et contre-attaquer, mais ils cherchent à ne pas s’impliquer pleinement dans le conflit."
Le président américain Donald Trump a appelé à la "reddition inconditionnelle" de l’Iran, tandis que les frappes israéliennes se poursuivent au Liban et en Iran, faisant grimper les prix du pétrole et perturbant les routes commerciales. La situation reste extrêmement volatile et l’avenir du Moyen-Orient incertain.
