La mort mystérieuse de Twisha Sharma, une ancienne actrice et mannequin de 33 ans, a basculé dans une nouvelle phase jeudi 28 mai 2026 après l’arrestation de sa belle-mère, Giribala Singh, par la CBI (Central Bureau of Investigation). Cette décision intervient après le rejet par la Haute Cour de Madhya Pradesh d’une demande de libération sous caution déposée par la famille de l’accusée, confirmant ainsi la détermination des autorités à mener une enquête approfondie sur les circonstances de la mort de Sharma, retrouvée pendue dans la maison de ses beaux-parents à Bhopal en avril 2025.
Une arrestation qui scelle un tournant judiciaire
L’arrestation de Giribala Singh, ancienne juge de district à la retraite, marque un tournant dans une affaire déjà marquée par des contradictions et des accusations graves. Selon les sources de Anandabazar Patrika, la CBI a agi dans les heures suivant le rejet par la Haute Cour de Madhya Pradesh d’une demande de libération sous caution. La décision du tribunal, intervenue mercredi, a été perçue comme un signal fort : les autorités judiciaires ne toléreront pas d’obstruction à l’enquête.

Giribala Singh, figure centrale des accusations portées contre la famille de Twisha Sharma, était déjà visée par des allégations graves : harcèlement moral, pression pour un avortement forcé, et critiques systématiques contre le caractère de sa belle-fille, comme l’a révélé la CBI dans ses premiers rapports. Les enquêteurs ont notamment souligné que les tensions au sein du couple Sharma-Singh avaient commencé dès les premiers mois de mariage, en décembre 2024, alors que Twisha Sharma, alors âgée de 32 ans, exprimait ouvertement son malaise face à la vie conjugale dans sa belle-famille.
Le récit des tensions conjugales : un mari sous pression
Les déclarations de Samarth Singh, le mari de Twisha Sharma et avocat de profession, ont été au cœur des révélations récentes. Selon ABP Ananda et Northeast Now, Samarth Singh aurait confié aux enquêteurs que sa femme avait sombré psychologiquement après un avortement en avril 2025. Il aurait également mentionné avoir versé 7 lakhs de roupies (environ 8 500 euros) à Twisha Sharma, sans préciser la raison de ce transfert.
“Après l’avortement, son comportement est devenu étrange. Elle refusait de parler, évitait les repas, et ses messages à sa mère suggéraient une souffrance profonde.”

— Témoignage rapporté par Samarth Singh lors de son interrogatoire par la CBI, selon les sources de Northeast Now.
Ces révélations contrastent avec les versions officielles de la famille Singh, qui maintient que Twisha Sharma s’est suicidée après une dépression passagère. Pourtant, les enquêteurs de la CBI ont identifié des incohérences : pourquoi Samarth Singh, avocat expérimenté, n’a-t-il pas cherché à protéger sa femme dès les premiers signes de détresse ? Pourquoi sa belle-mère, Giribala Singh, aurait-elle multiplié les critiques sur le “caractère difficile” de sa belle-fille, comme le rapporte Sangbad Pratidin ?
Les accusations qui pèsent sur Giribala Singh : un dossier explosif
Les charges contre Giribala Singh s’appuient sur trois piliers majeurs, selon les documents consultés par Anandabazar et Sangbad Pratidin :
- Harcèlement systématique : Twisha Sharma aurait été soumise à des remarques dévalorisantes et à une pression constante pour s’adapter aux attentes de la famille.
- Forçage à l’avortement : La CBI suspecte que Giribala Singh et son fils aient joué un rôle dans la décision d’avorter, bien que Samarth Singh n’ait pas confirmé cette version.
- Manipulation financière : Le transfert de 7 lakhs de roupies par Samarth Singh pourrait cacher une tentative de contrôler les dépenses ou de “calmer” sa femme, selon les hypothèses des enquêteurs.
Un élément supplémentaire alimente les soupçons : la demande de libération sous caution de Giribala Singh avait été rejetée par la Haute Cour après que la CBI ait présenté des preuves suggérant une obstruction à l’enquête. Les juges ont souligné que les déclarations de la famille Singh manquaient de cohérence avec les témoignages des proches de Twisha Sharma, notamment sa mère, qui accuse ouvertement les beaux-parents de “torture psychologique”.
Le rôle trouble de Samarth Singh : complice ou victime ?
Samarth Singh, arrêté en avril 2025 après dix jours de fuite, reste une figure ambiguë de cette affaire. D’un côté, il a coopéré avec la CBI en fournissant des détails sur l’état mental de sa femme. De l’autre, son silence sur les circonstances de l’avortement et son propre comportement financier (le transfert de 7 lakhs de roupies) nourrissent les doutes. Aajkaal rapporte que la Cour suprême a insisté sur la nécessité d’une enquête “sans parti pris”, soulignant les risques de “trial médiatique” qui pourraient fausser les conclusions.
Une question persiste : Samarth Singh a-t-il été manipulé par sa belle-famille, ou a-t-il lui-même contribué à la détérioration de la situation ? Les enquêteurs examinent désormais ses échanges bancaires et ses communications avec Giribala Singh, qui pourraient révéler des pressions exercées sur lui pour maintenir une version unifiée de l’histoire familiale.
Quelles sont les prochaines étapes ? Un calendrier judiciaire sous tension
L’arrestation de Giribala Singh ouvre une nouvelle phase dans l’enquête, mais plusieurs incertitudes subsistent. Voici les étapes clés à venir, selon les sources judiciaires :

- Interrogatoire approfondi : La CBI doit maintenant interroger Giribala Singh en détail sur son rôle dans les tensions conjugales et les circonstances de la mort de Twisha Sharma.
- Analyse des preuves matérielles : Les enquêteurs devront confirmer si des éléments (messages, enregistrements, témoignages) étayent les accusations de harcèlement ou de manipulation.
- Dépôt d’une plainte formelle : La CBI pourrait déposer une plainte contre Giribala Singh pour “homicide par négligence” ou “complicité de suicide forcé”, selon les conclusions de l’enquête.
- Rôle de la Cour suprême : Le tribunal de Delhi pourrait être saisi pour superviser l’enquête, comme le suggère Aajkaal, afin d’éviter toute ingérence politique ou familiale.
Un élément critique sera la réaction de la famille de Twisha Sharma. Leur avocat a déjà menacé de saisir la Cour européenne des droits de l’homme si les autorités indiennes ne prouvent pas leur impartialité. Cette menace pourrait accélérer les décisions judiciaires, déjà sous pression après le rejet de la libération sous caution de Giribala Singh.
Pourquoi cette affaire résonne-t-elle au-delà de Bhopal ?
L’affaire Twisha Sharma dépasse le cadre d’un drame familial. Elle illustre les failles du système judiciaire indien face aux crimes commis au sein des familles aisées, où l’influence et les réseaux peuvent étouffer les enquêtes. Plusieurs points méritent d’être soulignés :
- L’impunité des élites : Giribala Singh, ancienne juge, et Samarth Singh, avocat, bénéficient d’un statut social qui pourrait ralentir les procédures. La CBI devra prouver que leurs actions dépassent les simples “désaccords conjugaux”.
- La question de l’avortement forcé : Bien que légal en Inde, la pression exercée par la belle-famille pour avorter reste un tabou. Les associations féministes suivent de près cette affaire, qui pourrait servir de test pour les lois sur le consentement.
- Le rôle des médias : La Cour suprême a déjà critiqué le “trial médiatique” autour de cette affaire. La couverture intense des réseaux sociaux pourrait influencer les témoignages ou les décisions des jurés.
Enfin, cette affaire rappelle l’urgence de réformer les lois sur la protection des femmes en Inde. Selon les données du National Crime Records Bureau, un mariage sur trois en Inde se termine par une séparation ou un drame, souvent lié à des pressions familiales. L’affaire Twisha Sharma pourrait devenir un symbole de cette lutte.
Reste à savoir si la justice indienne aura le courage de trancher sans compromis. L’arrestation de Giribala Singh est un premier pas, mais le vrai test viendra lorsque les preuves devront faire face à l’influence et aux ressources de sa famille.
À suivre : les prochains jours seront décisifs pour déterminer si cette enquête aboutira à des accusations formelles, ou si elle s’enliserá dans les rouages d’un système judiciaire encore trop souvent dominé par les puissants.
