Gaza : rats, résistance bactérienne et blocage des évacuations aggravent la crise

Des millions de Gazaouis vivent au milieu de camps surpeuplés infestés de rats et de belettes, tandis qu’une crise sanitaire majeure et un blocage persistant de l’évacuation des blessés aggravent un bilan humanitaire déjà alourdi par des destructions massives touchant la quasi-totalité des bâtiments de l’enclave.

La résistance bactérienne aggrave la crise sanitaire

Dans le service d’isolement de l’hôpital Nasser, de jeunes enfants blessés comme la petite Raseel subissent les conséquences directes de la destruction des services de santé et des réseaux d’eau. Raseel présente une fracture grave à la jambe, de multiples plaies ouvertes et un éclat d’obus logé dans son cerveau. Les médecins sur place indiquent que ses blessures ne réagissent pas aux antibiotiques disponibles à Gaza, rendant impossible la cicatrisation nécessaire avant une éventuelle greffe de peau.

Une étude menée sur dix ans, de 2015 à 2025, à partir de près de 80 000 échantillons bactériens prélevés dans 11 hôpitaux, indique une résistance bactérienne généralisée aux antibiotiques essentiels. Des chercheurs de Gaza, soutenus par un groupe multidisciplinaire de la Fleming Initiative de l’Imperial College de Londres et de l’Université américaine de Beyrouth, signalent que les conditions locales favorisent la transmission des infections.

Le Dr al-Jaafarawi, intervenant dans les structures médicales locales, signale que ce phénomène conduit un nombre croissant de patients à subir des amputations lorsque l’infection atteint l’os, une tendance qui perdurera même après la cessation des hostilités. Parallèlement, le ministère palestinien de la Santé à Gaza indique que plus de 74 000 Palestiniens ont été tués depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé. Les Forces de défense israéliennes contestent ces chiffres, tout en déclarant à la BBC regretter tout préjudice causé aux civils.

Les rongeurs envahissent les camps de tentes

La collecte des déchets a pratiquement cessé dans la bande de Gaza, entraînant l’accumulation d’ordures, d’excréments humains et de flaques contaminées autour des camps de tentes où s’entassent les déplacés. Une enquête publiée en avril par le groupe Site Management Cluster, dont les conclusions ont été reprises par des agences des Nations unies, révèle que des rongeurs ou des nuisibles ont été observés dans 81 % des sites accueillant des familles déplacées, touchant environ 1,45 million de personnes.

De nombreux cas de morsures de rats ou de belettes sur des personnes endormies ont été recensés. Basel al-Dahnoun a ainsi dû subir une amputation de la jambe droite sous le genou après avoir été attaqué par des belettes pendant son sommeil, un épisode rapporté par sa fille Rana.

À cette insalubrité s’ajoute une grave pénurie d’eau. Salem Abu Nahla, ancien propriétaire d’un supermarché et d’une boucherie dont la maison a été bombardée, fait partie des nombreux habitants contraints de s’approvisionner quotidiennement dans des points de distribution.

Gaza : rats, résistance bactérienne et blocage des évacuations aggravent la crise
Photo : La Presse

Les points de passage bloquent les évacuations médicales

La situation des malades et des blessés est aggravée par un verrouillage complet des frontières. Le ministère palestinien de la Santé a confirmé dans un communiqué qu’aucun patient n’avait été informé d’un départ prévu, prolongeant un blocage total des évacuations d’urgence sans motif clair.

Bien que le calendrier approuvé pour l’évacuation des cas médicaux se limite à trois jours par semaine, les dimanches, mardis et jeudis, aucun malade n’a pu quitter l’enclave au cours de la semaine précédente. Le ministère qualifie ces atermoiements de détérioration délibérée et systématique de l’intégrité physique des patients, transformant des cas traitables en décès en sursis. Un appel urgent a été réitéré à destination des institutions onusiennes et internationales pour exiger l’ouverture des points de passage et la reprise régulière des évacuations.

Les gravats et les ruines s’étendent sur tout le territoire

Vu du ciel, le territoire présente le visage d’un champ de ruines. À Al-Mawasi, ancienne zone agricole en bord de mer transformée en camp de réfugiés, et à Tel-al Sultan dans l’ouest de Rafah, les quartiers ont été presque entièrement rasés. L’ONU estime qu’environ 82 % des bâtiments de la bande de Gaza sont endommagés ou détruits, et que 92 % des bâtiments résidentiels ont subi des dégâts, touchant près de 430 000 maisons, tandis que plus de 8 000 personnes resteraient ensevelies sous les décombres.

Dans le nord, à Jabaliya, des quartiers entiers ont brûlé lors de l’offensive majeure menée par l’armée israélienne en octobre 2024, qui avait fait plus de 700 morts en trois semaines. À Khan Younès, au sud, plus de 80 % des bâtiments ont été détruits dès le printemps 2024 selon la municipalité locale.

Un rapport conjoint des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale, publié en avril, chiffre à 68 millions de tonnes le volume de gravats généré par les destructions dans l’ensemble de l’enclave.

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