Harcèlement, interrogatoires et pressions à la frontière : le calvaire des Palestiniens revenant à Gaza
Rafah, Gaza – Des témoignages glaçants émergent concernant le traitement réservé aux Palestiniens revenant à Gaza via le point de passage de Rafah. Des retours systématiques de harcèlement, de violences physiques, de torture et de pressions psychologiques ont été rapportés par des personnes ayant récemment traversé la frontière égyptienne, révélant une atmosphère de terreur et de manipulation orchestrée, selon leurs dires, par les autorités israéliennes.
Depuis la reprise partielle des opérations au point de passage de Rafah fin janvier – après une fermeture imposée par Israël en mai 2024 – un nombre croissant de Palestiniens ayant cherché refuge en Égypte pendant le conflit tentent de rentrer chez eux. Mais le retour se révèle être un véritable parcours du combattant, marqué par des violations et des tentatives d’influence inquiétantes.
Un message clair : Gaza n’est plus palestinienne
Les récits concordants des voyageurs décrivent deux messages distincts, mais opposés, transmis par les autorités. Du côté égyptien, l’incitation est claire : rester en Gaza et refuser toute offre d’émigration. Mais une fois franchie la frontière, c’est un autre discours qui domine, semé par les interrogateurs israéliens. Un message unique, répété à chaque personne : Gaza appartiendra bientôt à Israël, et les Palestiniens seront inévitablement expulsés, « même si cela prend vingt ans ».
Les interrogatoires, qui durent souvent plus de deux heures, voire une journée entière, se déroulent dans un climat d’intimidation. Les voyageurs sont menottés et les yeux bandés pendant toute la durée de l’interrogatoire. Des « offres généreuses » sont proposées pour faciliter leur départ permanent de Gaza, tandis que d’autres sont incités à collaborer avec l’armée israélienne en fournissant des informations sur la situation à l’intérieur de la bande de Gaza.
Des conditions dégradantes et des violences
Maha Abu Qamar, revenue à Gaza avec ses deux enfants, décrit un passage côté égyptien routinier, mais un accueil brutal de la part des milices israéliennes soutenues par Israël, héritières du groupe dirigé par Yasser Abu Shabab, tué en décembre dernier. « Ils ont pris nos passeports et nos téléphones, mais ils ne nous ont pas maltraités », témoigne-t-elle.
Cependant, l’expérience se transforme rapidement en cauchemar une fois les voyageurs soumis aux interrogatoires israéliens. Sabah al-Rakab, 41 ans, raconte avoir été soumise à une « intense pression » par deux interrogateurs dont elle ne pouvait voir le visage. Elle décrit un jeu pervers où l’un des interrogateurs adopte un ton amical, promettant aide et réunification familiale, tandis que l’autre hurle, insulte et menace.
Les violences physiques ne sont pas rares. Taghreed Marouf affirme avoir été frappée à la hanche avec le bout d’un fusil par un interrogateur lorsqu’elle a nié les accusations de liens entre son mari, policier civil à Gaza, et les Brigades Qassam. Elle a également été privée de sa veste en plein hiver et aspergée d’eau froide.
La terre natale, un attachement indéfectible
Malgré les pressions et les menaces, la plupart des voyageurs interrogés par Mondoweiss affirment leur refus de quitter Gaza. « Ma famille, ma terre, ma maison, mes souvenirs – tout ce que je connais et que j’aime se trouve à Gaza », déclare Routana al-Rakab. « Je ne choisirai jamais de partir sans y retourner. C’est ma patrie. La patrie, c’est comme l’âme, c’est irremplaçable. »
Ces témoignages révèlent une stratégie délibérée de terreur et de manipulation visant à briser le lien des Palestiniens avec leur terre et à les forcer à l’exil. Alors que la situation à Gaza reste désespérée, ces récits soulignent l’urgence de garantir la protection des droits des Palestiniens et de mettre fin aux violations dont ils sont victimes.
