Le centre commercial Las Malvinas à Lima connaît une mutation profonde en 2026, marquée par l’acquisition massive de locaux par des commerçants chinois. Ce basculement, stimulé par l’ouverture du mégaport de Chancay, transforme l’emporio en un hub d’exportation vers l’Amérique du Sud, avec une croissance sectorielle estimée à 20 % pour le premier semestre.
L’offensive immobilière chinoise dans le secteur ferretero
Le profil commercial des Malvinas a radicalement changé. Ce qui était autrefois un marché dédié à la consommation locale devient une plateforme logistique internationale. Selon Gestion, des importateurs chinois ne se contentent plus de fournir des marchandises, mais achètent désormais des locaux pour établir des boutiques exclusives de produits chinois.
L’impact est visible dans les chiffres de l’immobilier commercial. La demande sature les anciennes galeries, comme Nicolini et La Bellota, qui opèrent désormais à 100 % de leur capacité. Cette pression a fait remonter les prix des loyers aux niveaux d’avant la pandémie. Dans le segment de la quincaillerie (ferretería), la location mensuelle d’un stand oscille désormais entre 3 000 et 4 000 dollars américains.
“Il y a une présence considérable de commerçants chinois qui s’installent, achetant des locaux pour ouvrir des boutiques exclusives de produits chinois.”
César Vásquez, représentant du Front Entrepreneurial des Malvinas, via Gestion
Pour absorber ce flux, de nouveaux projets immobiliers émergent. La Bellota 3 a pratiquement été inaugurée et la Plaza Ferretero 2 vient d’ouvrir. Le centre commercial s’étend désormais au-delà de la 8e rue de l’avenue Argentina, grignotant les rues parallèles pour intégrer davantage de commerces et d’entrepôts.
L’effet Chancay : vers un hub d’exportation régionale
L’opération du mégaport de Chancay agit comme un catalyseur. Le flux de marchandises n’est plus unidirectionnel. Les produits importés, notamment ceux intégrant l’intelligence artificielle (IA), des drones industriels et des luminaires solaires haute performance, sont désormais réexportés vers d’autres pays du continent.
Le dynamisme est tel que la demande s’étend désormais à Bolivia, l’Équateur, le Chili et même l’Argentine. Ce changement de paradigme est soutenu par une hausse de la demande dans le secteur de la construction, dont 75 % de l’offre du cluster des Malvinas dépend.
“On vend, il y a de la demande, il y a des commandes de Bolivie, d’Équateur, du Chili, et même d’Argentine également.”
César Vásquez, représentant du Front Entrepreneuriale des Malvinas, via Gestion
L’expansion stratégique de la Chine : rails et ports
Photo: chnm.com.pe
L’influence chinoise ne s’arrête pas aux boutiques de détail. Elle s’ancre dans l’infrastructure lourde du pays. Au début de 2026, le gouvernement péruvien a attribué à l’entreprise Power Construction Corporation of China (POWERCHINA) un contrat de 420 millions de dollars pour construire une ligne ferroviaire de 120 kilomètres.
Ce projet relie le port de Chancay aux régions de Junín, Huancavelica et Pasco. L’objectif est clair : optimiser le transport des minéraux stratégiques, comme le cuivre, vers l’Asie. Ce corridor ferroviaire, qui doit traverser la Cordillère des Andes via des tunnels et des viaducs, réduira drastiquement les temps de trajet qui pouvaient auparavant dépasser 18 heures par route.
Cependant, cette intégration verticale suscite des débats sur la souveraineté. Si chnm.com.pe souligne que la Chine est le principal partenaire commercial du Pérou depuis 2013 et que ses investissements comblent des lacunes infrastructurelles historiques, d’autres voient un risque de dépendance.
Le risque du “double usage” et la dépendance logistique
Le contrôle du port de Chancay par l’entreprise d’État chinoise COSCO Shipping soulève des inquiétudes géopolitiques. La crainte principale réside dans la capacité de Pékin à contrôler les réseaux logistiques critiques pour éviter les régulations locales sur les ressources minérales.
“Connecter les villes et les ports d’Amérique latine avec les ports chinois fait partie de leur stratégie pour déplacer les marchandises plus facilement et sous leur contrôle, en évitant les régulations locales qui pourraient limiter le flux de ressources stratégiques comme les minéraux.”
Luis Somoza, analyste international, via Diálogo Americas
L’enjeu dépasse le commerce. La représentante américaine María Elvira Salazar a alerté sur la nature potentiellement militaire de l’infrastructure. Elle a qualifié Chancay de “plus grand port chinois de l’hémisphère”, suggérant que le site pourrait accueillir des sous-marins ou des porte-avions.
“Nous savons qu’il a un usage double (…) ils pourraient avoir des sous-marins, des porte-avions, des navires de guerre juste là au Pérou.”
María Elvira Salazar, membre du Congrès des États-Unis, via Diálogo Americas
Bilan des investissements et perspectives
L’intégration chinoise au Pérou se manifeste par une diversification des secteurs touchés. Au-delà des mines et des ports, les capitaux chinois s’investissent dans l’énergie, les télécommunications et le transport.
Commerce de détail : Croissance de 20 % aux Malvinas au premier semestre 2026.
Infrastructure : Contrat de 420 millions USD pour le rail Chancay-Sierra Central.
Logistique : Contrôle stratégique du port de Chancay par COSCO Shipping.
Investissement global : L’investissement chinois cumulé au Pérou s’élevait à 29 000 millions USD en avril, selon Altavoz.
L’avenir immédiat dépendra de la capacité du Pérou à équilibrer les gains économiques — emplois, recettes fiscales et compétitivité accrue pour les exportations de café, d’avocats et de myrtilles — avec la gestion d’une influence étrangère croissante sur ses corridors commerciaux. La mutation des Malvinas n’est que la face visible d’une stratégie chinoise beaucoup plus vaste visant à sécuriser ses approvisionnements minéraux tout en dominant le commerce régional.