La fin d’une encyclopédie numérique : la CIA retire le World Factbook, un coup dur pour l’accès à l’information
WASHINGTON – Une source d’information fiable et accessible pendant plus de deux décennies, le World Factbook de la CIA, a disparu du web. L’agence américaine a annoncé la fermeture du site sans explication formelle, laissant les utilisateurs et les observateurs s’interroger sur les motivations derrière cette décision. La nouvelle, rapportée initialement par The Atlantic, intervient dans un contexte plus large de restrictions croissantes à l’accès à l’information publique sous l’administration Trump, et soulève des inquiétudes quant à la transparence gouvernementale.
Le World Factbook, initialement un document classifié réservé aux services de renseignement, a été déclassifié puis rendu public en 1997. Il offrait une compilation exhaustive de données sur chaque pays du monde, couvrant des aspects géographiques, démographiques, économiques, politiques et militaires. Pour une génération d’internautes, notamment les millennials, le site était une référence incontournable pour les recherches scolaires, les voyages et simplement pour satisfaire sa curiosité sur le monde. Sa fiabilité, rare à l’époque du web naissant, en faisait un outil précieux.
“Il y avait un frisson particulier à l’idée que la CIA, une organisation réputée pour son secret, soit celle qui vous fournissait ces informations”, explique un ancien étudiant, témoignant de l’attrait du site.
La disparition du Factbook s’inscrit dans une tendance inquiétante. Selon l’Associated Press, cette décision fait suite à une promesse du directeur de la CIA, John Ratcliffe, de supprimer les programmes qui ne contribuent pas aux “missions essentielles” de l’agence. Mais pour beaucoup, cette justification semble insuffisante.
“C’est plus qu’une simple question de missions essentielles”, analyse The Atlantic. “C’est une vision appauvrie du rôle du gouvernement, qui devrait inclure le service public et la diffusion d’informations fiables.”
La suppression du World Factbook n’est pas un cas isolé. L’administration Trump a été critiquée pour avoir retiré des données de sites web gouvernementaux, notamment ceux des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et du Bureau du recensement. Une étude révélée par The Hill a révélé que près de 3 400 ensembles de données ont été supprimés de Data.gov durant le premier mois du mandat de Trump. Des organisations non gouvernementales ont même dû se mobiliser pour archiver ces informations, comme le montre un article de Forbes.
Cette “guerre contre l’information”, comme la qualifie The Atlantic, va au-delà des mensonges ou des dénis de réalité. Elle consiste à bloquer l’accès aux données, érodant ainsi la base d’un débat public éclairé. Des professeurs de droit de l’Université du Michigan, Samuel R. Bagenstos et Ellen D. Katz, soulignent dans une étude récente que l’administration Trump a supprimé les obligations de collecter et de rendre compte des données relatives à la race, à l’origine ethnique et au genre dans divers domaines, de l’application de la loi à la santé publique.
Les conséquences de ces suppressions de données sont concrètes. Comme le rapporte NOTUS, l’absence de données fiables rend plus difficile la lutte contre la crise des opioïdes, l’aide aux personnes dans le besoin, l’évaluation des écoles et la compréhension de l’évolution des prix. L’interruption de la collecte de données sur la mortalité maternelle par le CDC est un exemple particulièrement alarmant.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que la confiance du public envers les institutions est déjà fragile. Un récent sondage Quinnipiac révèle que seulement 22 % des personnes interrogées estiment que le tir mortel d’un policier était justifié, ce qui souligne la nécessité d’une information transparente et accessible.
Heureusement, une archive du World Factbook est disponible sur le site Internet Archive (https://web.archive.org/web/20260000000000*/https://www.cia.gov/the-world-factbook/), mais cela ne résout pas le problème de fond. La disparition du site officiel de la CIA représente une perte pour l’accès à l’information et un signal inquiétant pour l’avenir de la transparence gouvernementale.
Alors que le sénateur Daniel Patrick Moynihan affirmait que chacun est libre d’avoir son opinion, mais pas ses propres faits, l’administration Trump semble remettre en question même cette prémisse fondamentale. L’accès à des informations fiables et partagées est essentiel pour une démocratie saine, et sa restriction constitue une menace pour le fonctionnement même de la société.
