Familles kenyanes sans nouvelles de proches enrôlés en Russie pour la guerre en Ukraine

Des centaines de familles kenyanes vivent dans l’angoisse et l’incertitude, sans nouvelles de leurs proches enrôlés pour des emplois en Russie et portés disparus ou tués dans la guerre en The Standard

L’incertitude ronge de nombreuses familles au Kenya qui cherchent désespérément des réponses concernant leurs proches partis en Russie sous la promesse d’emplois lucratifs à l’étranger, avant de se retrouver sur les lignes de front de la guerre en Ukraine. Selon The Standard, ces hommes ont quitté le pays discrètement pour ce conflit qui n’était pas le leur.

Le sort tragique des combattants kényans en Russie

Shadrack Wafula Matofari, un Kényan de vingt-sept ans, a quitté son foyer en juillet 2025 après avoir cru obtenir un emploi rémunérateur à l’étranger. D’après les informations rapportées par The Standard, ses derniers messages reçus par sa famille indiquaient qu’il partait en mission et qu’il serait injoignable pendant environ un mois après sa formation militaire, au cours de laquelle il a appris à manier des fusils d’assaut, à lancer des grenades et à utiliser des lance-roquettes antichar. Depuis lors, l’appel promis n’est jamais arrivé, plongeant ses proches dans une longue période d’angoisse.

Le projet ukrainien I Want to Live, une initiative liée aux autorités ukrainiennes qui suit les ressortissants étrangers recrutés dans les forces armées russes, a publié un dossier indiquant que les autorités russes classent systématiquement de nombreux combattants étrangers comme disparus, en enterrent certains sur le territoire russe sans aviser les familles, ou incinèrent des corps sans obtenir le consentement des proches ni rapatrier les restes, d’après les informations relayées par The Standard.

Écarts entre les bilans officiels et les estimations de terrain

Les statistiques fournies par les projets d’investigation divergent de la position officielle de Nairobi. Le projet ukrainien affirme avoir identifié 485 ressortissants africains tués en combattant pour l’armée russe, dont 59 Kényans, tout en estimant que le bilan réel est probablement beaucoup plus élevé. En revanche, le gouvernement kényan a annoncé le 25 juin 2026 que 19 Kényans étaient morts en Russie, tandis que 32 autres restaient non identifiés ou portés disparus et officiellement classés comme disparus au combat.

Plus récemment, lors d’une annonce publiée en juillet 2026 par la secrétaire principale aux Affaires de la diaspora, Roseline Njogu, il a été rapporté qu’un total de 289 Kényans avaient été recrutés dans l’armée russe, avec au moins 69 d’entre eux soit confirmés morts, soit portés disparus au combat. Au 25 juin 2026, le gouvernement a également établi que le nombre officiel vérifié de Kényans enrôlés dans les opérations militaires spéciales en Russie s’élevait à 308.

Le calvaire du rapatriement et les démarches administratives sans fin

Pour certaines familles, la confirmation du décès est déjà actée, mais l’absence de corps complexifie le deuil. Charles Mutoka Khagola a ainsi appris que son fils, Oscar Mutoka Khagola, avait été tué dans la guerre en Russie en août 2025. Malgré des efforts répétés et infructueux auprès du gouvernement kényan et de l’ambassade pour faire rapatrier le corps depuis Rostov-sur-le-Don — une ville du sud de la Russie abritant d’importantes infrastructures militaires et des morgues médico-légales —, la famille a dû se résoudre à organiser un enterrement symbolique en mai 2026, soit neuf mois après le décès.

Familles kenyanes sans nouvelles de proches enrôlés en Russie pour la guerre en Ukraine

Nous avons supplié le gouvernement de nous aider à rapatrier le corps, mais nous n’avons reçu aucune aide. Nous avons également demandé de l’aide à l’ambassade, mais rien n’en est sorti. Je n’ai pas eu d’autre choix que d’effectuer un enterrement symbolique. Charles Mutoka Khagola, père d’un combattant tué en Russie

Mutoka a également affirmé n’avoir reçu aucune indemnisation de la part du gouvernement russe, ni avoir été formellement informé de dispositions relatives à d’éventuelles compensations financières. Parallèlement, la famille de Shadrack Wafula Matofari tente de satisfaire aux exigences administratives du ministère kényan pour espérer obtenir des réponses. Ses proches ont soumis en avril 2026 une lettre officielle du chef local confirmant leurs liens familiaux ainsi qu’un affidavit notarié désignant le parent le plus proche habilité à gérer d’éventuelles compensations, mais aucune communication n’a depuis été établie avec eux.

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