Accord nucléaire USA-Hongrie : un pari stratégique et politique pour Orbán à l’heure des élections
Budapest, Hongrie – Un accord de coopération nucléaire civil a été signé lundi entre les États-Unis et la Hongrie, renforçant les liens bilatéraux avec un allié controversé à un moment délicat pour le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, à quelques semaines des élections législatives. L’annonce, faite lors d’une visite du secrétaire d’État américain Marco Rubio à Budapest, marque une nouvelle étape dans la diversification énergétique de la Hongrie, historiquement dépendante de la Russie, et une tentative de Washington de contrer l’influence russe et chinoise en Europe centrale.
L’accord, qui fait suite à un protocole d’entente signé en novembre 2025, ouvre la voie à une collaboration sur l’ensemble de l’industrie nucléaire civile, notamment sur les petits réacteurs modulaires (SMR) et le stockage des déchets nucléaires. Pour la Hongrie, qui tire près de la moitié de son électricité de la centrale nucléaire de Paks, construite et exploitée par la Russie, cet accord représente une opportunité de sécuriser son approvisionnement énergétique et de réduire sa dépendance à Moscou, particulièrement sensible dans le contexte de la guerre en Ukraine.
“Ce partenariat permettra des décennies de coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire”, a déclaré le département d’État américain dans un communiqué, soulignant l’engagement des États-Unis à faire de la Hongrie un pôle régional pour le développement des SMR et encourageant Budapest à choisir une technologie américaine. L’accord prévoit notamment la fourniture de combustible nucléaire américain à la Hongrie pour la première fois, ainsi qu’une assistance de la société américaine Holtec International pour la gestion des déchets nucléaires.
Un timing politique stratégique
La signature de cet accord intervient à un moment crucial pour Viktor Orbán, dont le parti Fidesz est au pouvoir depuis plus de deux décennies. Les élections législatives du 12 avril pourraient déterminer s’il conservera son emprise sur le pouvoir. L’accord avec les États-Unis offre à Orbán un atout diplomatique majeur, lui permettant de démontrer qu’il est capable de diversifier les partenariats de la Hongrie et de ne pas se reposer uniquement sur la Russie.
L’accord est également perçu comme un signe de soutien implicite de l’administration Trump à Orbán, qui entretient une relation étroite avec l’ancien président américain. Rubio a d’ailleurs souligné l’importance de cette relation, affirmant qu’il pouvait “dire avec confiance que le président Trump est profondément engagé dans votre succès”. Orbán a de son côté salué l’avènement d’une “nouvelle ère d’or” dans les relations entre les États-Unis et la Hongrie.
Des tensions persistantes en Europe
Cet accord renforce les liens entre Washington et Budapest malgré les tensions persistantes entre le gouvernement Orbán et les partenaires européens de la Hongrie. La position de la Hongrie vis-à-vis de la Russie, jugée trop complaisante par de nombreux pays occidentaux, a suscité des critiques et alimenté la méfiance. En 2022, le Parlement européen a même déclaré que la Hongrie ne pouvait plus être considérée comme une démocratie à part entière, la qualifiant de “régime hybride d’autocratie électorale”.
Viktor Orbán, souvent décrit comme un populiste de droite, a été le seul chef d’État de l’Union européenne à soutenir publiquement la première candidature de Donald Trump à la présidence américaine en 2016. Ses politiques, critiquées par les organisations de défense des droits de l’homme comme Human Rights Watch, ont été accusées de saper l’indépendance de la justice, de restreindre la liberté des médias, de stigmatiser les migrants et de discriminer les personnes LGBTQ+.
Un enjeu géopolitique majeur
Au-delà de la dimension politique intérieure hongroise, cet accord s’inscrit dans une stratégie plus large de l’administration Trump visant à contrer l’influence de la Russie et de la Chine en Europe centrale. En offrant à la Hongrie une alternative à la technologie nucléaire russe, les États-Unis espèrent réduire la dépendance énergétique de la région à Moscou et promouvoir leurs propres technologies.
L’accord intervient également après que l’administration Trump a levé des sanctions sur un projet d’agrandissement de la centrale nucléaire de Paks, permettant ainsi à la Hongrie de moderniser ses installations nucléaires.
L’avenir de la coopération nucléaire entre les États-Unis et la Hongrie reste à voir, mais cet accord marque un tournant important dans les relations bilatérales et pourrait avoir des implications significatives pour la sécurité énergétique et la géopolitique de l’Europe centrale.
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