L’Espagne refuse l’accès à ses bases militaires aux États-Unis pour une action contre l’Iran
Madrid – L’Espagne a refusé aux États-Unis l’autorisation d’utiliser ses bases militaires pour une éventuelle action contre l’Iran, une décision qui souligne les divergences croissantes entre les alliés sur la gestion des tensions au Moyen-Orient. L’annonce, faite dimanche par le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares, intervient après des frappes américano-israéliennes contre l’Iran et dans un contexte de vives critiques de Madrid concernant ces opérations.
« Les bases espagnoles ne sont pas utilisées pour cette opération, et ne le seront pas pour quoi que ce soit qui ne soit pas inclus dans l’accord avec les États-Unis ou qui ne soit pas conforme à la Charte des Nations Unies », a déclaré Albares lors d’une interview à la télévision espagnole.
La décision de l’Espagne a entraîné le départ d’au moins onze avions américains des bases de Rota et de Morón, dans le sud du pays, selon des données de suivi aérien. Au moins sept de ces appareils se sont dirigés vers l’Allemagne, selon Reuters.
Cette prise de position intervient alors que le président socialiste espagnol, Pedro Sánchez, a fermement condamné l’opération américaine et israélienne. L’Espagne s’est également montrée particulièrement critique à l’égard d’Israël, interdisant l’année dernière aux navires et aux avions transportant des armes à destination d’Israël d’accoster dans ses ports ou de survoler son espace aérien.
« Nous rejetons l’action militaire unilatérale des États-Unis et d’Israël, qui est une escalade et contribue à un ordre international plus instable et hostile », a déclaré Sánchez. Il a également appelé à la désescalade et a condamné les actions du gouvernement iranien et des Gardiens de la révolution.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a également exprimé ses préoccupations, soulignant que les frappes américano-israéliennes pourraient violer la Charte des Nations Unies, qui interdit « la menace de recourir à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État ».
La position de l’Espagne contraste avec celle d’autres grandes puissances européennes, comme le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, qui ont affiché leur soutien à l’opération. Le Premier ministre britannique Keir Starmer avait initialement interdit l’utilisation des bases aériennes britanniques, y compris la base américano-britannique de Diego Garcia, mais a finalement levé cette interdiction après une attaque contre une base aérienne britannique à Chypre.
Cette situation soulève des questions sur la collaboration entre les pays et les États-Unis en matière d’accueil d’actifs militaires, notamment dans un contexte où l’Iran cible des bases américaines dans les États du Golfe. Abdolrasool Divsallar, chercheur à l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement, s’est interrogé sur la possibilité que les États du Golfe interdisent également aux États-Unis d’utiliser leurs bases pour des opérations militaires contre l’Iran.
Des manifestations ont éclaté aux États-Unis en opposition à la guerre, qui est largement impopulaire auprès de l’opinion publique, selon plusieurs sondages. Un sondage Reuters/Ipsos indique que seulement 27 % des Américains soutiennent les frappes, tandis qu’un sondage CNN révèle que 59 % les désapprouvent.
