Ralentissement du marché du travail américain : la Fed face à un dilemme
WASHINGTON – Le marché du travail américain a montré des signes de faiblesse en février, avec une perte de 92 000 emplois, contre un consensus de +55 000, et des révisions à la baisse pour les deux mois précédents. Le taux de chômage a augmenté à 4,4 %, selon les données publiées ce vendredi. Ces chiffres, combinés à un recul de 0,2 % des ventes au détail en février, compliquent la tâche de la Réserve fédérale américaine (Fed) alors qu’elle évalue le moment opportun pour baisser ses taux d’intérêt.
Si les conditions météorologiques défavorables et les mouvements de grève ont probablement amplifié la faiblesse des chiffres de février, les économistes soulignent que l’embauche reste globalement modérée. Les secteurs de la construction, de la fabrication, des loisirs et de l’hôtellerie ont été particulièrement touchés. En revanche, les services financiers et le commerce de détail ont enregistré une légère augmentation de l’emploi.
« Les chiffres de janvier ont probablement surestimé la vigueur du marché du travail, tandis que ceux de février ont probablement surestimé sa faiblesse en raison de la météo et des grèves », explique une analyse d’ING. « Néanmoins, nous savons que l’embauche est faible, mais les licenciements restent également limités. »
L’inflation reste une préoccupation pour la Fed. Les salaires ont augmenté de 3,8 % sur un an, mais cette hausse pourrait être due à une diminution du nombre de travailleurs à bas salaire en raison des conditions météorologiques, ce qui fausse les données en faveur des employés mieux rémunérés capables de travailler à distance. La Fed surveillera de près l’évolution de l’indice des coûts de l’emploi, qui pourrait tomber en dessous de 3 % sur un an.
La hausse des coûts de l’énergie, en particulier de l’essence, pourrait également peser sur le pouvoir d’achat des ménages et freiner la croissance économique. Cela pourrait conduire à une baisse des revenus disponibles réels, créant ainsi un vent contraire supplémentaire pour la croissance au second semestre de l’année.
Malgré ces pressions inflationnistes, la Fed pourrait être contrainte de baisser ses taux d’intérêt plus tard dans l’année si la croissance économique continue de ralentir. ING a revu ses prévisions de baisse des taux de la Fed, les décalant de juin et septembre à septembre et décembre.
Le marché du travail américain montre des signes de concentration des risques. Trois secteurs – le gouvernement, les loisirs et l’hôtellerie, ainsi que l’éducation et les services de santé privés – sont responsables de toute la création d’emplois au cours des trois dernières années. Tous les autres secteurs combinés ont perdu 460 000 emplois depuis décembre 2022.
La prochaine réunion de la Fed est prévue du 17 au 18 mars, selon le calendrier publié sur le site web de la banque centrale américaine. Les investisseurs et les économistes attendent avec impatience les indications de la Fed sur ses prochaines étapes en matière de politique monétaire.
