Business et Beauté : Le paradoxe Emma Grede et Diarrha N’Diaye qui enflamme la toile
NEW YORK – Dans l’univers impitoyable de la cosmétique de luxe, la frontière entre le soutien entrepreneurial et l’opportunisme corporatif est parfois mince. C’est tout le cœur de la polémique actuelle entourant Emma Grede, figure centrale de l’empire SKIMS, et Diarrha N’Diaye, la fondatrice de la marque Ami Colé.
Le malaise est né d’un contraste saisissant : Emma Grede a refusé d’investir dans Ami Colé, jugeant le projet insuffisant, pour finalement recruter sa fondatrice à la tête de la division beauté de son propre empire.
Un refus motivé par l’absence d’« extraordinaire »
Tout commence lors du passage d’Emma Grede sur le podcast « She’s So Lucky » avec l’animatrice Les Alfred, où elle faisait la promotion de son premier livre, Start With Yourself. Interrogée sur les raisons pour lesquelles elle n’avait pas investi dans Ami Colé alors qu’elle en avait l’opportunité, Grede a été sans détour.
L’entrepreneure a expliqué ne soutenir les fondateurs novices que lorsqu’elle perçoit quelque chose d’« extraordinaire » tant chez la personne que dans le concept. Pour Ami Colé, ce ne fut pas le cas. « Pour moi, je n’ai pas vu ça. Je me suis dit : "C’est correct", mais j’ai aussi pensé : "Ça ira et ça viendra" », a-t-elle confié.
Cette déclaration a provoqué une onde de choc, notamment parce qu’Ami Colé n’était pas un simple projet. En quatre ans, la marque est passée d’un croquis dans un appartement de Brooklyn aux rayons de Sephora, remportant cinq prix Allure Best of Beauty grâce à son engagement envers les peaux riches en mélanine.
De la fermeture d’une marque à l’ascension chez SKIMS
Le destin d’Ami Colé a basculé en juillet 2025. Diarrha N’Diaye a annoncé la fermeture de son entreprise, pointant du doigt la pression des investisseurs et un changement d’attitude de la part de partenaires qui, en 2020, prônaient l’inclusivité avant de s’en détourner quelques années plus tard.

C’est dans ce contexte de vulnérabilité que le paradoxe s’est installé. En novembre 2025, après une mise en relation via Alicia Scott de Range Beauty, SKIMS — entreprise valorisée à 5 milliards de dollars — a annoncé la nomination de Diarrha N’Diaye au poste de vice-présidente exécutive de la beauté et des fragrances.
Le constat des observateurs est amer : N’Diaye n’était apparemment pas assez « extraordinaire » pour mériter un investissement, mais elle était suffisamment compétente pour diriger l’intégralité de la division beauté d’un géant mondial.
« Le but des affaires est de gagner de l’argent »
Loin de s’excuser pour cette contradiction, Emma Grede a maintenu sa position sur le podcast. Elle a présenté le rôle chez SKIMS comme une « opportunité parfaite », suggérant que l’infrastructure et le mentorat d’une grande entreprise compenseraient les lacunes de N’Diaye, affirmant même que cette dernière « manquait peut-être de sens des affaires pour lancer une entreprise ».
Plus radicalement, Grede a tranché le débat sur la responsabilité sociale des entreprises : « J’espère que la communauté comprendra. Si ce n’est pas le cas, alors, désolée. Enfin, pas même désolée. Le but d’être dans les affaires est de gagner de l’argent. Ce n’est pas de servir la communauté. »
Un impact public majeur
Cette sortie provoque un vif débat sur la place des femmes noires dans l’entrepreneuriat. Alors que Grede a bâti une part importante de son capital culturel auprès des consommateurs noirs, son approche « sorry, not sorry » est perçue par beaucoup comme dismissive.
L’affaire souligne une tension systémique : d’un côté, des fondateurs qui tentent de transformer des standards d’inclusivité en normes industrielles, et de l’autre, une vision du capitalisme où la rentabilité prime sur l’impact social.
Source originale : Kimberly Wilson pour Essence.com
Intégrations recommandées :
- Podcast : She’s So Lucky avec Les Alfred
- Réactions sociales : @tyler.mohnay sur TikTok
