Éliane Radigue, pionnière de la musique concrète et du minimalisme, s’éteint à 94 ans
Paris – La compositrice française Éliane Radigue, figure majeure de la musique concrète et du minimalisme électronique, est décédée ce mardi 24 février à l’âge de 94 ans. L’annonce a été faite par le Groupe de Recherche de Musique Concrète (INA GRM) basé à Paris, sans préciser les causes du décès.
Née à Paris en 1932, Radigue a marqué des générations de musiciens par son approche patiente et singulière du son. Elle a débuté sa carrière en tant que collaboratrice de Pierre Schaeffer et Pierre Henry, des figures fondatrices de la musique concrète, un courant musical qui utilise des sons enregistrés et manipulés pour créer des compositions.
Si elle a puisé son inspiration dans les travaux de ces pionniers, Radigue a rapidement tracé sa propre voie, explorant avec une liberté et une vision uniques les possibilités offertes par le son électronique. L’INA GRM a salué dans un communiqué la disparition d’une “figure majeure de la création musicale”.
Radigue a découvert le synthétiseur lors d’un séjour à l’Université de New York en 1970, partageant un studio avec Laurie Spiegel et Rhys Chatham. Initialement réticente, elle a fini par reconnaître le potentiel de l’instrument, en particulier du système modulaire ARP 2500, pour créer les textures organiques et méditatives qui caractérisent son œuvre. Elle a même choisi de ne pas utiliser le clavier du synthétiseur, préférant manipuler directement les sons.
Son travail, souvent caractérisé par des pièces longues et immersives comme Jetsun Mila et Trilogie de la Mort, a exploré les limites du son et de la perception. La série Adnos I-III, notamment, est reconnue pour ses suites d’une heure ou plus, composées de drones, de synthétiseurs et de feedback.
Dans les années 2000, Radigue s’est tournée vers la composition acoustique, collaborant avec des musiciens tels que Charles Curtis et Frédéric Blondy. Elle a alors découvert “le plaisir de travailler avec des musiciens sur des sons acoustiques”, comme elle l’a confié dans une interview. Cette période a donné naissance à la suite Occam Ocean, comprenant plus de cinquante pièces pour divers ensembles et solistes. Sa dernière œuvre, Occam Delta XXIII, a été présentée au London Contemporary Music Festival en janvier 2025.
L’œuvre d’Éliane Radigue, imprégnée de l’influence du bouddhisme qu’elle a découvert à New York, continue d’inspirer et de fasciner les auditeurs du monde entier. Elle laisse derrière elle un héritage durable dans le domaine de la musique électronique et expérimentale.
