Bangladesh se prépare à des élections historiques après la chute de Hasina
DHAKA, Bangladesh – Le Bangladesh entame jeudi sa campagne officielle pour les élections générales du 12 février, un scrutin crucial qui marque la fin de l’ère autoritaire de Sheikh Hasina, renversée l’année dernière après des soulèvements populaires. Ces élections, qui se déroulent dans un contexte de tensions politiques et de préoccupations concernant la désinformation, pourraient redéfinir le paysage politique de ce pays d’Asie du Sud comptant 170 millions d’habitants.
L’éviction de Hasina, condamnée à mort par contumace en novembre pour crimes contre l’humanité en raison de la répression violente des manifestations, a ouvert la voie à une nouvelle ère politique. Elle vit actuellement en exil en Inde. La transition a été supervisée par Muhammad Yunus, lauréat du prix Nobel de la paix de 85 ans, qui a été appelé à diriger un gouvernement de transition en tant que “conseiller principal”. Yunus, qui a quitté l’exil en août 2024 à la demande des manifestants, s’engage à mettre en œuvre des réformes profondes pour prévenir un retour à l’autoritarisme. Il quittera ses fonctions après les élections, un référendum sur ces réformes étant prévu le même jour que le scrutin.
“Si vous votez ‘oui’, la porte s’ouvrira pour construire un nouveau Bangladesh”, a déclaré Yunus le 19 janvier dans une allocution à la nation, soulignant l’importance de renforcer les équilibres et contrepoids entre les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif.
Les principaux prétendants à la victoire sont le Bangladesh Nationalist Party (BNP) et le Jamaat-e-Islami, le plus grand parti islamiste du pays. Tarique Rahman, 60 ans, chef du BNP et candidat au poste de Premier ministre, est revenu au Bangladesh en décembre après 17 ans d’exil. Il a entamé une tournée de rassemblements dans tout le pays, débutant par la ville de Sylhet, dans le nord-est, un lieu important en raison de la présence du sanctuaire séculaire de Shah Jalal, un site vénéré par les soufis. Des milliers de partisans ont afflué pour le voir prier au sanctuaire mercredi soir.
Le Jamaat-e-Islami, idéologiquement aligné sur les Frères musulmans, cherche à revenir sur la scène politique formelle après des années d’interdictions et de répression. Le parti a commencé sa campagne dans la capitale, Dhaka, dans la circonscription de son chef, Shafiqur Rahman.
Ces élections se déroulent dans un contexte d’insécurité croissante. Le meurtre d’un leader étudiant des manifestations anti-Hasina le mois dernier a mis en évidence les tensions persistantes. De plus, Yunus a mis en garde contre une “inondation” de désinformation en ligne, accusant à la fois les médias étrangers et les sources locales de diffuser de fausses nouvelles et des rumeurs. Il a alerté Volker Turk, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, sur l’impact potentiel de cette désinformation sur le processus électoral.
Les relations avec l’Inde voisine se sont également tendues depuis la fuite de Hasina à New Delhi.
L’Union européenne a qualifié ce vote de “plus grand processus démocratique de 2026”, soulignant son importance pour la région et la communauté internationale. Les observateurs électoraux de l’UE surveilleront de près le déroulement du scrutin.
Le National Citizen Party (NCP), formé par des leaders étudiants qui ont mené les soulèvements, s’est allié au Jamaat-e-Islami et lancera également son propre rassemblement à Dhaka.
Ces élections représentent un moment charnière pour le Bangladesh, offrant l’opportunité de consolider la démocratie et de répondre aux aspirations d’une population qui aspire à un avenir plus juste et plus prospère. Le résultat de ce scrutin aura des répercussions importantes sur la stabilité régionale et les relations internationales du pays.
