Dubaï mise sur l’image et la répression pour préserver son statut de refuge sûr face à la guerre en Iran
DUBAÏ – Dubaï s’efforce de maintenir son image de refuge sûr malgré les attaques iraniennes, une stratégie qui combine la promotion d’un sentiment de normalité avec une répression croissante des informations perçues comme nuisibles à sa réputation. La ville, longtemps vantée comme un havre de paix dans une région instable, voit son aura de tranquillité remise en question par le conflit.
L’Iran a lancé plus de 1 800 missiles et drones sur les Émirats arabes unis, un nombre supérieur à celui ciblant tout autre pays dans le conflit, selon des sources. Bien que la majorité de ces projectiles aient été interceptés par les défenses aériennes, l’impact psychologique est indéniable.
Face à cette situation, les autorités émiraties ont mis en œuvre une stratégie à plusieurs volets. D’une part, elles insistent sur la sécurité du pays. Le compte Instagram de Dubaï a diffusé une chanson émotionnelle à ses 5,8 millions d’abonnés, proclamant que "Dubaï est sûr, et le restera toujours". Des personnalités influentes locales, comme la star de télé-réalité américano-koweïtienne Ebraheem Alsamadi de l’émission "Dubai Bling", ont publiquement réaffirmé leur confiance dans la sécurité des Émirats, malgré les conseils de prudence émis par les consulats américains. Alsamadi a déclaré dans une vidéo qu’il resterait à Dubaï, son "chez-soi" depuis 16 ans, et qu’il soutiendrait le pays.
D’autre part, les autorités ont durci le contrôle de l’information. La police de Dubaï a mis en garde contre le partage de "rumeurs" et la diffusion d’images de sites sensibles. Le procureur général des Émirats arabes unis a ordonné l’arrestation et le procès rapide de personnes publiant des vidéos d’interceptions ou de "contenu trompeur et fabriqué". Des mesures similaires ont été prises dans d’autres pays du Golfe, notamment au Qatar, où plus de 300 personnes ont été arrêtées.
Cette répression a suscité des critiques, notamment de la part des médias occidentaux qui ont couvert les arrestations. Les analystes soulignent que cette stratégie pourrait se retourner contre les autorités, en particulier auprès des publics occidentaux attachés à la liberté d’expression.
La situation est d’autant plus préoccupante que Dubaï dépend fortement de sa réputation de sécurité pour attirer les touristes et les investissements étrangers. Environ 90 % de la population des Émirats arabes unis est étrangère, et ces expatriés constituent une force de travail essentielle pour la diversification de l’économie, loin du pétrole.
Le secteur du tourisme, en particulier, est vulnérable aux problèmes de sécurité. Des entreprises ont même commencé à évacuer le quartier financier de Dubaï face aux menaces iraniennes ciblant des intérêts américains et israéliens. Emaar, un important promoteur immobilier qui gère des centres commerciaux emblématiques comme le Dubai Mall, a averti les commerces et les restaurants contre toute fermeture ou réduction d’heures d’ouverture pendant la guerre, soulignant que de telles actions "sapent l’ordre public, créent des inquiétudes inutiles et affectent négativement la réputation et la situation économique des Émirats arabes unis".
Selon Ryan Bohl, analyste géopolitique chez Rane Network, les Émirats arabes unis espèrent que la guerre sera suffisamment courte pour que le pays ne soit pas associé au conflit dans l’esprit du public. Il souligne également l’importance de maintenir la confiance des investisseurs, en particulier dans les secteurs de l’infrastructure, de la technologie et de l’immobilier, pour assurer la poursuite des plans de diversification économique du pays.
