D’Oxford à Pékin, six autres vaccins dans la dernière ligne droite

Le vaccin Covid-19 est à la fois complexe et très attendu. Aujourd’hui, environ 200 projets sont estimés dans le monde. La première question est à quel stade se trouvent les différents vaccins. Selon l’OMS, 139 sont au stade de l’évaluation préclinique (testé sur les animaux), et au moins 27 sont au stade des essais cliniques (testé sur l’homme). Le pack phare est composé de 6 candidats: la dernière phase des essais cliniques, celle qui a permis de prouver l’efficacité du vaccin, a d’abord été atteinte par l’équipe de l’Université d’Oxford et du laboratoire AstraZeneca. Leur vaccin est constitué d’un virus chimpanzé incapable de se multiplier dans le corps humain, auquel ils ont ajouté le code génétique de la protéine Spike, caractéristique du coronavirus.

Lire aussi Vaccin anti-Covid: la ruée des Russes

Pré-commandes

Viennent ensuite trois projets chinois, menés par les sociétés Sinovac et Sinopharm, utilisant des virus Sars-CoV-2 inactivés (responsables de Covid-19). Deux autres projets, menés par l’américain Moderna et l’alliance germano-américaine Pfizer-BioNTech, utilisent une technique jamais utilisée auparavant: l’introduction du code génétique de la protéine Spike dans l’organisme afin qu’il puisse ensuite produire et apprendre à reconnaître cette protéine. On peut également citer l’initiative du Murdoch Children’s Research Institute, en Australie, qui a repéré qu’un ancien vaccin contre la tuberculose pouvait avoir un effet protecteur contre Covid-19 et a lancé des tests à plus grande échelle.

Lire aussi Annonce d’un vaccin russe: “C’est totalement irresponsable”

Les projets les plus avancés promettent des résultats d’ici la fin de l’année. Pour respecter ces délais impossibles, les laboratoires n’attendent pas les résultats définitifs d’une phase pour lancer la suivante. Ainsi, plusieurs d’entre eux sont déjà en phase de production industrielle avant même que leur efficacité réelle ne soit connue. Les gouvernements ont décidé de passer des précommandes pour sécuriser les fabricants. Les États-Unis ont lancé le programme Warp Speed, investissant un total de plus de 9 milliards de dollars pour financer plusieurs projets de vaccins. Le Royaume-Uni s’est récemment associé à GSK et Sanofi. La France, ainsi que d’autres pays européens, ont également passé une commande auprès d’AstraZeneca en juin. C’est l’un des objectifs du «comité des vaccins» que le gouvernement a mis en place en juillet, en plus du conseil scientifique et du comité d’analyse, de recherche et d’expertise (soins). Ce groupe de scientifiques, présidé par la virologue Marie-Paule Kieny, a pour mission particulière d’évaluer les différents projets pour voir les plus prometteurs sur lesquels se positionner.

“Urgence”

Si le vaccin est, potentiellement, l’arme mortelle contre Covid, rien ne dit que les premiers projets terminés seront les bons. En effet, l’efficacité d’un vaccin recouvre de nombreuses questions. Évite-t-il de tomber malade ou réduit-il simplement les symptômes? Diminue-t-il la transmission du virus ou les gens restent-ils contagieux? Est-ce que cela a des effets secondaires? Est-ce aussi efficace chez les personnes âgées? En fonction de ces réponses, la stratégie de vaccination sera différente. Vous pouvez ne pas recevoir le même vaccin pour tout le monde.

Dernier point, qui est loin d’être un détail: à la fin de la phase 3, qui doit démontrer que le vaccin offre une protection contre la maladie ciblée, les autorisations de mise sur le marché doivent être obtenues dans chaque pays. Il est désormais tout à fait possible d’avoir un vaccin développé et autorisé dans un pays, mais pas dans un autre. Compte tenu des relations diplomatiques actuelles, Donald Trump achèterait-il un vaccin chinois?

En France, la question se pose également. D’autant plus qu’il serait préjudiciable d’approuver rapidement un vaccin pour se rendre compte qu’à l’usage, il est inefficace ou, pire, dangereux. L’un des éléments clés sera de savoir si l’épidémie reprend ou non.

“Le vaccin sera sans aucun doute utilisé sur la base d’une autorisation d’urgence, avait prévenu Marie-Paule Kieny il y a quelques jours. C’est tout le message de notre comité. Nous devrons agir rapidement mais avec prudence. ” En Suisse, cette position intenable a été résumée par une phrase devenue culte du conseiller fédéral Alain Berset: “Agissez aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire.”


Olivier Monod

.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.