Le Giving Pledge en crise : Quand la philanthropie des milliardaires vacille
En 2010, Bill Gates et Warren Buffett lançaient un défi simple mais audacieux : le Giving Pledge. L’idée ? Inciter les plus fortunés à s’engager publiquement à donner plus de la moitié de leur richesse, de leur vivant ou après leur décès. Un geste qui semblait répondre à une urgence : l’émergence rapide de nouvelles fortunes technologiques et la question de leur impact sur la société. Mais, comme le révèle une récente enquête du New York Times, cet engagement moral semble perdre de son élan.
Un ralentissement alarmant des engagements
Les chiffres sont sans appel. Alors que 113 familles avaient signé le Giving Pledge au cours des cinq premières années, ce nombre a chuté à seulement 14 en 2025. Des figures emblématiques comme Sam Altman, Mark Zuckerberg et Elon Musk figurent parmi les signataires, mais même leur présence ne masque pas le désintérêt croissant. Peter Thiel, investisseur technologique de renom, va jusqu’à qualifier le Pledge d’un club « vraiment à court d’énergie », suggérant que l’adhésion n’est plus perçue comme un signe de prestige.
Événement Techcrunch
San Francisco, Californie
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13-15 octobre 2026
Le langage de la philanthropie en mutation
Ce désengagement s’inscrit dans un contexte plus large de mutation des valeurs dans la Silicon Valley. L’idéalisme affiché par certaines entreprises technologiques, qui se prétendaient vouloir « rendre le monde meilleur », est désormais perçu avec scepticisme. Comme l’a souligné un scénariste de la série HBO « Silicon Valley », les services de relations publiques ont même déconseillé à leurs employés d’utiliser cette formule, tant elle était devenue la cible de moqueries. Une bataille idéologique semble se dessiner, opposant les valeurs « hippie » de la première génération de la Silicon Valley aux valeurs libertaires d’une nouvelle vague d’entrepreneurs.
En effet, pour certains, construire des entreprises, créer des emplois et stimuler l’innovation sont des contributions bien plus significatives que la philanthropie. La pression pour donner est perçue comme une contrainte, voire une forme de réforme déguisée.
Thiel, le pourfendeur du Giving Pledge
Peter Thiel incarne parfaitement cette nouvelle attitude. Non seulement il n’a jamais signé le Pledge, mais il encourage activement d’autres signataires à revenir sur leur engagement. Il estime que l’argent des milliardaires serait mieux utilisé ailleurs que dans des « organisations à but non lucratif de gauche ». Il va même jusqu’à suggérer que ceux qui restent sur la liste du Pledge se sentent « en quelque sorte victimes de chantage », craignant d’être critiqués s’ils renonçaient à leur promesse.
Le saviez-vous ? L’âge d’or initial, à la fin du XIXe siècle, a connu une concentration de richesse similaire. La réponse n’est pas venue de la philanthropie, mais de réglementations et d’impôts.
Un contexte social explosif
Ce désengagement philanthropique se produit dans un contexte de creusement des inégalités. Les 1 % les plus riches détiennent désormais autant de richesses que les 90 % les plus pauvres. La richesse des milliardaires a augmenté de 81 % depuis 2020, tandis qu’une personne sur quatre dans le monde n’a pas régulièrement assez à manger. Les collectes de fonds pour les besoins de première nécessité (loyer, nourriture, logement) ont bondi de 17 % l’année dernière, témoignant d’une précarité croissante.
La philanthropie se réinvente-t-elle ?
Le Giving Pledge pourrait être en perte de vitesse, mais la philanthropie ne disparaît pas pour autant. Certains milliardaires continuent de donner, mais ils le font selon leurs propres conditions, en privilégiant des domaines qui leur tiennent à cœur. L’Initiative Chan Zuckerberg, par exemple, se recentre sur la recherche biologique. Bill Gates, quant à lui, a annoncé qu’il donnerait pratiquement toute sa richesse à sa fondation au cours des deux prochaines décennies.
Conseil d’expert : La philanthropie évolue vers des approches plus ciblées et stratégiques, axées sur des résultats mesurables plutôt que sur des engagements symboliques.
FAQ : Les questions que vous vous posez
- Le Giving Pledge est-il un échec ? Pas nécessairement. Il a sensibilisé à l’importance de la philanthropie, mais son impact semble diminuer.
- Pourquoi les milliardaires se désengagent-ils ? Plusieurs facteurs entrent en jeu : un changement de valeurs, une aversion pour la contrainte, et une préférence pour des approches philanthropiques plus personnalisées.
- Quelles sont les alternatives au Giving Pledge ? Les fondations privées, les investissements à impact social et le financement direct de projets sont autant d’alternatives.
En fin de compte, la question de la philanthropie des milliardaires est inextricablement liée à la question de la répartition des richesses. Le Giving Pledge a toujours été un simple « engagement moral », sans obligation ni conséquence. Sa perte d’attrait reflète peut-être un changement plus profond : une remise en question des valeurs traditionnelles et une affirmation d’un individualisme exacerbé. Reste à voir si cette tendance se confirmera et quelles en seront les conséquences pour la société.
À vous de jouer : Que pensez-vous de l’évolution du Giving Pledge ? Partagez votre avis dans les commentaires ci-dessous et découvrez d’autres analyses sur nouvelles-du-monde.com.
