Nvidia et le « yassification » des jeux vidéo : une polémique grandissante
PARIS – La nouvelle technologie d’intelligence artificielle DLSS 5 de Nvidia suscite une vive controverse dans le monde du jeu vidéo. Présentée comme une avancée majeure en matière de graphismes, elle est accusée d’altérer l’intention artistique des développeurs, au point de transformer les personnages en « mannequins Instagram », selon certains observateurs.
Lundi, Nvidia a présenté des exemples de DLSS 5, affirmant qu’il s’agissait de « la percée la plus significative dans les graphismes informatiques depuis l’introduction du ray tracing en temps réel en 2018 ». Mais les réactions n’ont pas tardé à fuser, notamment après la publication d’images de Grace Ashcroft, personnage de Resident Evil Requiem, dont l’apparence a été radicalement modifiée par la technologie.
La polémique a pris une nouvelle tournure avec la révélation, par le site Insider Gaming, que Capcom, le studio derrière Resident Evil Requiem, était largement à l’insu de ce partenariat avec Nvidia. Des sources anonymes au sein de Capcom ont confié que l’annonce était « choquante », d’autant plus que l’entreprise se montrait généralement « anti-IA » en ce qui concerne ses jeux, y compris Resident Evil Requiem et d’autres titres en développement. Des employés d’Ubisoft ont également exprimé leur surprise, affirmant avoir appris l’existence de ce partenariat en même temps que le public.
Pourtant, Charlie Guillemot, de chez Ubisoft, a loué la technologie dans un communiqué de presse de Nvidia, soulignant son potentiel pour créer des mondes plus immersifs. « DLSS 5 est un pas réel vers cet objectif », a-t-il déclaré. « La façon dont il rend les éclairages, les matériaux et les personnages change ce que nous pouvons promettre aux joueurs. Sur Assassin’s Creed Shadows, il nous permet de construire le type de mondes que nous avons toujours voulu. »
Cette divergence d’opinions met en lumière un possible changement de culture chez Capcom. Le studio a investi des ressources considérables pour rendre les personnages de Requiem, comme Grace et Leon, aussi réalistes que possible. L’actrice Angela Sant’Albano, qui incarne Grace, a récemment expliqué à Polygon que son rôle a nécessité des heures de performance physique intense en studio de capture de mouvement, en interaction avec ses partenaires. L’acteur Nick Apostolides, qui joue Leon S. Kennedy, a quant à lui souligné son attachement à la série et son respect du matériau source.
La question centrale est de savoir si DLSS 5 risque de compromettre ces performances et l’intention artistique des développeurs. Même si les studios ne souhaitent pas modifier l’apparence des personnages, la technologie semble présenter un risque de distraction et de dénaturation.
Jensen Huang, PDG de Nvidia, a défendu sa technologie, affirmant que les critiques étaient « complètement erronées ». La controverse, cependant, est loin d’être terminée. L’avenir de DLSS 5 et son impact sur l’industrie du jeu vidéo restent à déterminer.
