« Dans l’éclat d’un clin d’œil » : quand un pêcheur japonais devient l’étoile d’un film culte de Dos Monos
Dans les eaux froides de la mer du Japon, entre les filets et les marées, Hiroki Kaniya, un pêcheur de 45 ans originaire de la préfecture d’Ishikawa, est devenu malgré lui l’un des visages les plus marquants du cinéma expérimental japonais. Son portrait, capturé dans le court-métrage « In the Blink of an Eye », réalisé par Botsu_NGS des Dos Monos, transcende les frontières entre art et réalité, offrant un aperçu brut et poétique d’une vie ordinaire. Ce film, qui mêle images documentaires et esthétique hip-hop, interroge la place de l’humain dans un monde en mutation, et place Dos Monos, groupe pionnier du rap japonais expérimental, au cœur d’une conversation culturelle mondiale.
Pourquoi ce sujet ? Alors que le Japon fait face à un vieillissement démographique sans précédent — plus de 29 % de sa population a aujourd’hui plus de 65 ans, selon les dernières données du gouvernement nippon — et à une désertification des zones côtières, des artistes comme Botsu_NGS choisissent de mettre en lumière des figures comme Hiroki Kaniya. Ce dernier, né dans une famille de pêcheurs de la baie de Notojima, incarne une tradition millénaire aujourd’hui menacée. Son histoire, racontée à travers le prisme du cinéma, devient ainsi un miroir des défis sociaux et économiques qui façonnent le Japon contemporain.
Un portrait qui dépasse le cadre du documentaire
« In the Blink of an Eye » n’est pas un simple documentaire. À travers des plans serrés sur les mains calleuses de Hiroki Kaniya, les filets qu’il répare à la lueur de l’aube, et les vagues qui rythment son quotidien, Botsu_NGS — membre emblématique du trio Dos Monos, connu pour ses textes bilingues et son approche avant-gardiste du hip-hop — crée une œuvre à la fois intime et politique. Le film, diffusé en partie sur les réseaux sociaux du groupe, a suscité un engouement inattendu. Sur Instagram, les extraits ont été visionnés plus de 150 000 fois en une semaine, tandis que des discussions en ligne ont émergé autour de la question : comment raconter des vies ordinaires avec la puissance de l’art contemporain ?
Hiroki Kaniya, lui-même peu habitué aux projecteurs, a accepté de partager son quotidien avec Botsu_NGS après avoir été approché lors d’un marché local. « Je ne suis pas un acteur, je ne sais même pas parler devant une caméra. Mais quand j’ai vu les images, j’ai compris que c’était une façon de montrer ce que beaucoup ne voient plus », confie-t-il dans une interview partagée sur les réseaux du groupe. Son authenticité, loin des poses étudiées, renforce l’impact du film, qui a été présenté lors de festivals internationaux, dont le MEET YOUR ART FESTIVAL 2025, où Dos Monos est régulièrement invité pour son approche innovante de la musique et du visuel.
L’art comme levier de sensibilisation
Au-delà de la simple narration, « In the Blink of an Eye » interroge la relation entre l’homme et la nature. Avec près de 30 % des pêcheurs japonais âgés de plus de 60 ans, selon les données du ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation japonais, la profession est aujourd’hui confrontée à un double défi : la transmission des savoir-faire et la préservation des écosystèmes marins. Le film, en mettant en lumière des figures comme Hiroki Kaniya, contribue à une prise de conscience collective. « L’art peut révéler ce que les chiffres ne montrent pas », souligne Botsu_NGS dans une récente publication sur X (anciennement Twitter), où il partage des extraits du film accompagnés de réflexions sur la crise démographique rurale.
Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large au Japon, où des artistes et des institutions publiques collaborent pour valoriser les métiers traditionnels. En 2023, le gouvernement a lancé un programme visant à soutenir les jeunes dans les zones rurales, avec un budget de près de 5 milliards de yens dédié à la revitalisation des communautés côtières. Des projets comme celui de Dos Monos, bien que non subventionnés, jouent un rôle complémentaire en attirant l’attention sur des réalités souvent ignorées.
Un succès qui dépasse les frontières du cinéma
Le court-métrage a également marqué les esprits par son esthétique hybride, mêlant images brutes et une bande-son signée Dos Monos, connue pour ses albums comme « Dos City » (2019), qui ont conquis un public international. Les critiques, notamment dans la presse spécialisée japonaise et occidentale, ont souligné la capacité du film à « transformer l’ordinaire en extra-ordinaire ». « In the Blink of an Eye » est aujourd’hui étudié dans des cours de cinéma à l’université de Tokyo, où il est présenté comme un exemple de « cinéma social engagé ».

Pour Hiroki Kaniya, cette aventure a ouvert une nouvelle page. « Je ne savais pas que mon travail pouvait intéresser autant de monde. Maintenant, je me demande comment faire pour que les jeunes s’intéressent à la pêche », avoue-t-il. Une question qui résonne particulièrement fort dans un pays où, selon une étude récente de l’Institut national de la pêche, seulement 5 % des nouveaux pêcheurs ont moins de 30 ans.
Et demain ?
Botsu_NGS et Dos Monos ne comptent pas s’arrêter là. Le groupe prépare actuellement une série de courts-métrages inspirés de rencontres similaires, avec pour objectif de créer un pont entre les traditions japonaises et les nouvelles générations. « L’art doit être un langage universel, capable de parler à ceux qui ne se sentent pas représentés », déclare Botsu_NGS dans une interview exclusive accordée à Nouvelles du Monde.
Pour les spectateurs, « In the Blink of an Eye » est une invitation à regarder au-delà des écrans, à redécouvrir les visages de ceux qui, chaque jour, luttent pour préserver un équilibre fragile entre l’homme et la nature. Et si le salut passait par un simple clin d’œil ?
