Le peintre britannique David Hockney, figure emblématique de l’art du XXe siècle célèbre pour ses toiles lumineuses de piscines californiennes, est décédé jeudi à l’âge de 88 ans. Son décès, confirmé par sa porte-parole Erica Bolton, survient quelques semaines avant son 89e anniversaire, marquant la fin d’une carrière riche en expérimentations visuelles et techniques.
Une trajectoire artistique entre Bradford et Los Angeles
Né le 9 juillet 1937 à Bradford, dans le nord de l’Angleterre, David Hockney a grandi au sein d’une « radical working-class family », comme il aimait à la décrire, selon les informations rapportées par The Guardian. Très tôt, son talent est remarqué : il vend son premier tableau, un portrait de son père, pour 10 £ lors d’une exposition locale en 1957.

Après deux années de service national comme infirmier, il intègre le Royal College of Art de Londres en 1959. Son passage à l’institution est marqué par son refus de se conformer aux attentes académiques, notamment en soumettant un dessin d’homme musclé issu d’un magazine de culturisme au lieu d’un modèle féminin. L’école, consciente de son génie, lui décerne son diplôme malgré ses entorses au règlement. Son installation à Los Angeles au milieu des années 1960 transforme radicalement son œuvre. C’est là qu’il développe son style si reconnaissable : des scènes de piscines aux couleurs saturées, capturant la lumière vive de la Californie.
Le succès mondial et les records de vente
La renommée de David Hockney a transcendé les cercles artistiques pour toucher le grand public. Comme le souligne Nine.com.au, son travail était porté par une recherche constante de plaisir visuel. L’historien Simon Schama a récemment résumé cette aura particulière :

"La popularité et la durabilité de l’art de David Hockney, à travers tous ses changements de forme et ses expériences inventives sans repos, ne sont vraiment pas un mystère. Son travail est admiré — « aimé » n’est pas un mot trop fort — par les millions de personnes qui, dans le monde entier, affluent pour le voir parce qu’il présuppose une attente de plaisir.
Cette popularité s’est traduite par des résultats financiers historiques. En novembre 2018, son chef-d’œuvre de 1972, Portrait of an Artist (Pool With Two Figures), a atteint la somme de 90,3 millions de dollars (70,2 millions de livres sterling) chez Christie’s, un record pour un artiste vivant à l’époque, rappelle The Age. D’autres œuvres, comme The Splash (1966), ont également connu des succès spectaculaires, se vendant pour 23,1 millions de livres sterling (30 millions de dollars) en 2020.
Un pionnier de l’art queer et des nouveaux médias
Bien avant que l’homosexualité ne soit légalisée en Grande-Bretagne en 1967, David Hockney a utilisé son art pour documenter la vie gay avec une franchise rare pour l’époque. Des toiles comme We Two Boys Together Clinging (1961) ou Two Men in a Shower ont marqué les esprits par leur exploration tendre et érotique des corps masculins.
L’artiste n’a jamais cessé d’évoluer, refusant de se cantonner à la peinture traditionnelle. Il a exploré le photo-collage, l’abstraction paysagère et, plus récemment, les possibilités offertes par la technologie 3D. Lorsqu’on l’interrogeait sur son intérêt pour les outils technologiques, il répondait avec une simplicité désarmante :
"Je ne m’intéresse vraiment qu’à la technologie qui concerne les images ; je m’intéresse à tout ce qui permet de créer une image.
L’héritage d’un flâneur infatigable
Jusqu’à la fin de sa vie, David Hockney a conservé une curiosité intacte. Même après son accident vasculaire cérébral en 2012, il a continué à peindre, trouvant une nouvelle inspiration dans les paysages boisés du Yorkshire et les arbres de Normandie. Son refus de la morosité était sa marque de fabrique. En 1979, il confiait déjà au Los Angeles Times : « Je suis enthousiaste chaque jour. Londres a beaucoup de coins sinistres, mais je ne trouve jamais rien de sinistre à Los Angeles. »
Sa disparition marque la perte d’un artiste qui a su, par ses couleurs vibrantes et ses perspectives audacieuses, réinventer notre manière de percevoir le monde. Si ses toiles resteront des icônes du XXe siècle, c’est sans doute sa capacité à transformer le quotidien en une célébration visuelle qui marquera durablement l’histoire de l’art.
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