Alain Gomis explore les racines et les rites dans son ambitieux « Dao »
BERLIN – Le réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis présente à la Berlinale « Dao », un film de plus de trois heures qui plonge au cœur de deux cérémonies simultanées, l’une en France, l’autre en Guinée-Bissau, explorant les thèmes de la migration, de l’identité et des liens familiaux. Gomis, connu pour ses œuvres qui naviguent entre les cultures africaine et européenne, continue ici son exploration des diasporas et des mémoires collectives.
« Dao » n’est pas un film conventionnel. Il s’agit d’une immersion dans une expérience collective, où la frontière entre fiction et réalité s’estompe. Gomis a choisi de mêler des acteurs professionnels français à des membres de sa propre famille et à des participants amateurs, créant un ensemble hétéroclite qui donne au film une authenticité rare. Cette approche, qui rappelle son documentaire précédent sur le jazzman Thelonious Monk, « Rewind & Play », se traduit par un récit fragmenté, parfois décousu, mais toujours profondément humain.
Le film suit principalement Béa (Katy Correa) et sa fille Nour (D’Johé Kouadio), qui participent à un mariage en France et à une cérémonie commémorative en Guinée-Bissau, en hommage au père de Béa. Nour, qui n’a jamais visité le pays de ses ancêtres, découvre un pan de son héritage familial qu’elle ignorait. Ce voyage initiatique se déroule en parallèle aux préparatifs et à la célébration du mariage de Nour, créant un contraste saisissant entre les traditions européennes et africaines.
Gomis ne cherche pas à imposer un récit linéaire. Il alterne sans prévenir entre les deux cérémonies, offrant un kaléidoscope de visages, de sons, de rites et de langues. Cette technique, bien que parfois déroutante, permet de saisir la complexité des identités hybrides et des expériences migratoires. Le réalisateur, qui a co-signé le montage avec cinq autres collaborateurs, semble plus intéressé par l’atmosphère et les émotions que par la narration classique.
L’absence de scénario rigide se ressent parfois, certains passages semblant s’étirer inutilement. Cependant, cette liberté narrative permet également des moments d’une grande spontanéité et d’une sincérité touchante. Des conflits familiaux mineurs émergent, mais ne sont jamais pleinement développés, reflétant la nature souvent ambiguë et complexe des relations humaines.
« Dao » est un film ambitieux, qui aborde des questions cruciales sur l’identité, la mémoire et l’héritage culturel. Il interroge la notion même de récit, privilégiant l’expérience sensorielle et émotionnelle à la construction d’une intrigue conventionnelle. L’œuvre de Gomis, qui a déjà été récompensée à la Berlinale avec « Félicité » en 2017, confirme son statut de cinéaste singulier et engagé.
Le film met en lumière les défis et les opportunités de l’intégration, ainsi que les liens indéfectibles qui unissent les familles, même à travers les continents. Une scène particulièrement marquante voit les participants au mariage interpréter a cappella « Killing Me Softly » des Fugees, un rappel poignant de la manière dont la musique peut transcender les frontières culturelles et les barrières linguistiques.
Si « Dao » peut parfois tester la patience du spectateur en raison de sa durée et de son manque de structure narrative, il offre en contrepartie une expérience cinématographique unique et authentique. C’est un film qui invite à la réflexion, à l’empathie et à la célébration de la diversité culturelle.
Informations pratiques :
- Titre : Dao
- Réalisateur : Alain Gomis
- Distribution : Katy Correa, D’Johé Kouadio, Samir Guesmi, Mike Etienne, Nicolas Gomis, Fara Baco Gomis, Poundo Gomis
- Durée : 3 heures 5 minutes
- Festival : Berlinale 2024 (Compétition)
[Lien vers la bande-annonce du film (si disponible)]
[Lien vers le site officiel du festival de Berlin : https://www.berlinale.de/ ]
