Squelette croate révèle les peurs ancestrales liées aux vampires, reconstitué après plus de 400 ans
Racesa, Croatie – Les restes d’un homme décédé au 15e ou 16e siècle, dont le corps a été mutilé dans le but d’empêcher une résurrection vampirique, ont révélé un aperçu fascinant des croyances et des peurs qui régnaient en Europe il y a des siècles. L’analyse du squelette, découvert dans une forteresse près de Racesa, en Croatie orientale, a permis de reconstituer son visage, offrant un regard saisissant sur un homme qui, même dans la mort, était considéré comme une menace.
L’équipe archéologique, dirigée par Natasa Sarkic du Musée de Nova Gradiska, a constaté que le corps avait été exhumé, décapité et enterré face contre terre sous de lourdes pierres – des pratiques courantes dans les rituels “anti-vampires” de l’époque. “La sépulture elle-même témoigne de pratiques couramment associées aux rituels ‘anti-vampires’ de l’époque”, explique Sarkic. L’absence de traces de coupures sur le cou, le crâne et les épaules suggère que la tête a été arrachée du corps avec une force considérable.
Mais au-delà des rituels macabres, l’étude révèle également des détails sur la vie de cet homme. L’analyse bioarchéologique a révélé qu’il avait subi au moins trois épisodes de violence grave, laissant des cicatrices sur son visage qui auraient pu le marginaliser socialement. “Les individus qui mouraient violemment, se comportaient violemment de leur vivant, ou étaient considérés comme pécheurs ou socialement déviants, étaient considérés comme étant à risque de devenir des vampires”, précise Sarkic.
L’équipe a collaboré avec l’expert en graphisme Cicero Moraes pour reconstruire le visage à partir du crâne. Moraes a utilisé une combinaison de techniques, notamment la numérisation du crâne, l’analyse des données de donneurs vivants et la déformation anatomique, pour créer une représentation objective du visage. Une version plus artistique a ensuite été réalisée, ajoutant des éléments spéculatifs pour un rendu plus réaliste. “C’est un visage hostile, menaçant”, a déclaré Moraes, soulignant les cicatrices et les blessures qui témoignent d’une vie tumultueuse.
[Image du visage reconstitué, objectif, avec légende : Le visage reconstitué de l’homme de Racesa, basé sur une analyse scientifique du crâne. Crédit : Cicero Moraes]
Les croyances liées aux vampires étaient répandues dans toute l’Europe de l’Est et des Balkans, en particulier entre le 15e et le 18e siècle. Des cas similaires de sépultures “anti-vampires” ont été découverts en Pologne et en Serbie, où le corps de Petar Blagojevic a été empalé au cœur et brûlé en 1725. Jure Grando Alilovic, un villageois croate décédé en 1656, est également décrit comme un vampire dans les archives historiques.
La découverte de Racesa s’inscrit dans un contexte plus large d’étude des pratiques funéraires et des croyances populaires de l’époque. La forteresse elle-même a été occupée par les Templiers, les Chevaliers Hospitaliers et la noblesse locale, ce qui suggère que les croyances liées aux vampires étaient partagées par différentes classes sociales.
[Image de l’excavation à Racesa, avec légende : Les archéologues ont découvert plus de 180 sépultures dans la forteresse de Racesa. Crédit : Muzej Nova Gradiska]
L’étude, publiée dans la revue OrtogOnLineMag, souligne l’importance de comprendre les peurs et les superstitions du passé pour mieux appréhender la complexité de l’histoire humaine. Elle rappelle également que même les rituels les plus macabres peuvent être le reflet de préoccupations profondes concernant la mort, la maladie et la menace de l’inconnu.
L’intérêt pour la reconstitution faciale à partir de restes squelettiques est en plein essor, comme en témoignent les récentes reconstitutions du visage de l'”homme de Kennewick”, un ancien Américain datant d’il y a 8 500 ans, et d’une femme néandertalienne âgée de 75 000 ans. Ces projets offrent non seulement un aperçu visuel du passé, mais contribuent également à faire progresser les techniques scientifiques et à susciter l’intérêt du public pour l’archéologie et l’anthropologie.
[Lien vers l’article de Sky News sur la reconstitution du visage de l’homme de Kennewick : https://news.sky.com/story/meet-the-kennewick-man-face-of-most-important-ancient-american-revealed-after-8-500-years-13491857]
