Home DivertissementCPH:DOX : Politique, IA et l’avenir du documentaire

CPH:DOX : Politique, IA et l’avenir du documentaire

CPH:DOX 2026 : Le festival danois se positionne comme un rempart pour l’indépendance des documentaires face aux défis de l’IA et des pressions politiques

Copenhague, Danemark – Alors que les grands festivals de cinéma peinent à aborder des questions politiques complexes dans un contexte mondial agité, le festival CPH:DOX s’affirme comme un espace de débat crucial pour l’avenir du documentaire et des médias indépendants. L’édition 2026, qui se déroulera du 16 au 19 mars, met l’accent sur la protection de la « souveraineté » de l’information face à la montée de l’intelligence artificielle, aux pressions politiques et à la domination des plateformes.

Le festival a élargi l’année dernière son offre industrielle avec le CPH:DOX SUMMIT, un programme de conférences réunissant des experts mondiaux, des décideurs politiques et des professionnels du secteur pour discuter des enjeux de demain. Cette année, le sommet, intitulé « Repenser, Imaginer, Redéfinir », se concentrera sur la création d’espaces numériques indépendants où les voix peuvent s’exprimer librement. Bruno Patino, président d’ARTE France, prononcera le discours d’ouverture.

Mara Gourd-Mercado, responsable de l’industrie et de la formation chez CPH:DOX, souligne l’importance d’élargir le spectre des intervenants. « L’année dernière, l’apport d’un plus grand nombre d’experts a été très précieux », explique-t-elle. « Le documentaire, et plus largement les médias indépendants, traversent une période difficile. Nous cherchons à tirer des leçons du journalisme, un secteur qui a déjà connu des difficultés similaires en termes de financement et de soutien. »

Cette connexion entre le documentaire et le journalisme est perçue comme naturelle, le festival ayant toujours encouragé la collaboration entre cinéastes et journalistes. « Nous sommes conscients qu’il existe une différence entre le reportage et le documentaire, mais ils s’alimentent mutuellement », précise Gourd-Mercado.

Le festival s’interroge également sur l’impact des géants du streaming et la nécessité de préserver l’écosystème des médias publics européens, qui ont permis l’épanouissement du documentaire en Europe. La question de la concentration des médias entre les mains de quelques acteurs, comme Jeff Bezos (Prime Video et The Washington Post), est au cœur des débats.

Selon Sameer Padania, journaliste et chercheur travaillant avec la BBC, il est crucial d’examiner l’influence des algorithmes et de l’IA sur l’accessibilité des documentaires et des médias indépendants. « Quels seront les structures nécessaires pour garantir un accès continu ? Ce sont les ‘havres de paix’ dont nous parlons, des espaces physiques et numériques qui ne sont pas contrôlés par un gouvernement ou un Jeff Bezos », explique Gourd-Mercado.

CPH:DOX bénéficie d’un contexte danois favorable, caractérisé par une longue tradition de soutien au débat démocratique et à la liberté d’expression. « Le Danemark a une tradition d’appeler les choses par leur nom, mais aussi de créer des espaces de débat et de dialogue où l’on peut exprimer des opinions divergentes », souligne Gourd-Mercado. « Ce contexte permet à CPH:DOX d’être audacieux et transparent, et de s’engager politiquement. »

Le festival ne craint pas d’aborder des situations politiques délicates dans différents pays, offrant ainsi une plateforme aux voix qui peinent à se faire entendre ailleurs. De plus, CPH:DOX constate une tendance croissante : des cinéastes américains se tournent vers les festivals européens à la recherche du soutien qu’ils ne trouvent plus dans leur pays. « L’industrie américaine cherche des moyens concrets de collaborer avec l’Europe et de co-produire », observe Gourd-Mercado.

La sélection des projets présentés lors du CPH:FORUM, la plateforme de pitch du festival, est un processus rigoureux. Avec plus de 900 candidatures cette année, l’équipe de CPH:INDUSTRY recherche des projets ayant une portée géographique et thématique variée, tout en évaluant leur viabilité. L’objectif est de soutenir des projets qui correspondent aux valeurs et aux compétences du festival.

En fin de compte, CPH:INDUSTRY vise à servir l’ensemble de la filière documentaire, des jeunes talents aux producteurs expérimentés, en favorisant l’émergence de nouveaux projets et en encourageant la collaboration internationale.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.