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Cowboy : Origines contestées entre Espagne, Mexique et États-Unis

Le cowboy américain, un mythe aux racines multiples

MEXICO CITY – Le cowboy américain, figure emblématique de l’Ouest sauvage, continue de fasciner à travers le cinéma, la littérature et la culture populaire. Pourtant, l’origine de ce mythe est bien plus complexe qu’il n’y paraît, et une récente déclaration du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a ravivé un débat passionné, notamment sur les réseaux sociaux.

Lors de la Conférence de sécurité de Munich ce mois-ci, Rubio a affirmé que “l’ensemble du romantisme de l’archétype du cowboy, devenu synonyme de l’Ouest américain, est né en Espagne”. Une affirmation qui n’a pas manqué de susciter des réactions, notamment de la part de la députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, qui a souligné le rôle crucial des Mexicains et des descendants d’Africains réduits en esclavage dans la formation de cette tradition.

Le débat, bien que parfois vif, met en lumière une vérité historique nuancée. Si l’Espagne et le Portugal ont introduit les chevaux et les bovins en Amérique au XVIe siècle, c’est bien au Mexique que s’est développée la tradition du vaquero, ancêtre direct du cowboy américain.

“La tradition était née dans l’actuel Mexique et dans le sud du Texas, et elle n’est pas espagnole”, a écrit un internaute sur X, reflétant un sentiment largement partagé.

Les vaqueros mexicains, issus de cultures européennes, indigènes et métissées, ont développé des techniques d’équitation et de gestion du bétail adaptées aux vastes étendues et aux conditions climatiques du Nouveau Monde. Ils ont inventé la selle western avec son “corne” caractéristique, utilisée pour attacher les cordes, et ont perfectionné l’art du lasso.

De nombreux termes utilisés aujourd’hui dans le jargon du cowboy, tels que corral, lasso, bronco, lariat et chaparreras, témoignent de cette influence mexicaine. Même l’expression “chapeau à dix gallons”, bien qu’erronée quant à sa capacité, pourrait trouver son origine dans une mauvaise interprétation du mot espagnol galón, désignant les tresses décoratives d’un chapeau.

Le charro, figure emblématique de l’équitation mexicaine, est d’ailleurs considéré comme un ancêtre direct du cowboy. Vêtu d’un chapeau à larges bords et d’une veste brodée, le charro incarne la fierté et le savoir-faire des traditions équestres mexicaines. Le charro est un symbole culturel fort au Mexique, célébré dans le cinéma, la musique et les charreadas, des compétitions équestres traditionnelles.

“Les vaqueros n’ont pas traversé la frontière, c’est la frontière qui les a traversés”, souligne l’anthropologue mexicain Héctor Medina Miranda.

Il est également important de souligner que les Afro-Américains et les populations autochtones ont également contribué à façonner la tradition du cowboy. Des membres de tribus telles que les Comanches, les Cheyennes et les Apaches, réputés pour leur maîtrise de l’équitation, ont joué un rôle essentiel dans l’élevage du bétail avant l’arrivée des colons.

Comme l’a souligné le conservateur du National Cowboy & Western Heritage Museum, Eric D. Singleton, “le cowboy est notre mythologie”. Une mythologie riche et complexe, dont les racines plongent dans un héritage multiculturel.

Le cowboy, selon Singleton, est comparable au chevalier médiéval en Europe ou au samouraï au Japon : une figure emblématique qui incarne les valeurs et les aspirations d’une nation.

Le débat soulevé par Marco Rubio, bien que parfois polémique, rappelle l’importance de reconnaître la diversité des influences qui ont contribué à la formation de ce mythe américain. Avant John Wayne et Gary Cooper, il y avait les vaqueros du Mexique, des pionniers dont l’héritage continue de résonner aujourd’hui.

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