Contre le papillomavirus, la vaccination pour tous?

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Comment leur donner tort? La semaine dernière, cinquante sociétés savantes et syndicats de médecins ont lancé un appel solennel aux autorités publiques pour un "Vaccination universelle gratuite ou remboursée, sans distinction de sexe ou de risque" contre le papillomavirus "Responsable de nombreux cancers et autres maladies".

L'appel est impressionnant. Il regroupe des académies (médecine, chirurgie, pharmacie, infirmières), des collèges et des associations professionnelles (infirmières, sages-femmes, Confédération des syndicats français de la médecine …), mais aussi des institutions (la Ligue contre le cancer, l'agence de l'OMS pour le cancer) et enfin des personnalités telles que les professeurs René Frydman ou Alain Fischer.

2900 cancers du col utérin

Au fond, ils ont bien sûr raison, car en France, plus de 6 300 cancers par an sont liés aux papillomavirus. Et en détail, selon les chiffres de l'Institut national du cancer, il y aurait 2 900 cancers du col utérin, 1 400 cancers du larynx, 1 512 de l'anus, etc. De plus, ces virus sont impliqués dans près de 35 000 lésions précancéreuses du col utérin. Ils sont également responsables d'environ 100 000 diagnostics de verrues génitales. "Nous devons avoir vécu l'annonce et le décès d'une femme de 35 ans atteinte d'un cancer du col de l'utérus pour dire: quel gâchis insupportable, quand il y a un vaccin," nous dit, toujours émue, une gynécologie parisienne.

Actuellement, en France, cette vaccination est recommandée et remboursée pour trois types de populations: les jeunes filles de 11 à 14 ans, avec une possibilité de prise jusqu'à 19 ans; les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes jusqu'à 26 ans, et enfin les patients immunodéprimés.

À peine une fille sur cinq est vaccinée

Résultat? Ce n'est pas bon. Comme nous le rappelle le collectif des signataires, "Cette politique de prévention peine à atteindre ses objectifs: la couverture vaccinale des filles avoisine les 20%". Dans ces circonstances, il continue, "Les jeunes garçons qui ne bénéficient ni de la vaccination ni de la protection indirecte grâce à une couverture vaccinale élevée chez les filles et au dépistage sont particulièrement exposés au risque d'infection par le VPH / VPH. " Ce groupe nécessite donc une généralisation de la vaccination. Et des avocats "L'élimination des cancers induits" par ces virus, en restaurant activement vérité scientifique et donc confiance » vis-à-vis de ces vaccins "Très bien toléré".

Comment puis-je ne pas être d'accord, alors? Cependant, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur cet échec en français. Et ce faible taux de vaccination parmi les filles mérite au moins d’être disséqué. Dans le cas de la vaccination contre l'hépatite B, des campagnes massives et des vaccinations indistinctes ont été menées pour obtenir, là encore, les plus mauvais résultats: les populations cibles, à savoir les nourrissons, n'ont pas été touchées. Et encore une fois, les autorités sanitaires n’ont pas essayé de comprendre pourquoi ce fiasco.

Comme on le sait en France, la méfiance à l’égard des vaccins reste forte. Comment l'affaiblir? Est-il certain que les déclarations définitives de sociétés savantes, dont les liens d’intérêt sont bien connus, constituent la bonne stratégie? En France, par exemple, le vaccin contre le papillomavirus est coûteux. Pourquoi ? Il est seulement remboursé à 65%. Pourquoi ? Comment faites-vous quand vous n'avez pas de mutuelle? Pourquoi, en France, les fabricants ont initialement imposé un régime en trois doses, pour finalement n'en fabriquer que deux? "Nous arrivons à ce paradoxe", explique le professeur Bernard Bégaud, pharmacologue, "Ce sont les filles des milieux privilégiés qui sont les plus vaccinées. Bon pour elles, mais ce sont elles qui auraient été mieux suivies de toute façon. Comment briser ces inégalités? Autre question: au début, on se vaccina très tôt, à 12-13 ans, avant les premières relations sexuelles; À cet âge, les parents et les médecins ont peu envie de parler de la vie sexuelle des enfants. En bref, les stratégies de vaccination ne peuvent être improvisées. La pédagogie, ça existe.

Vacciner les garçons aussi

Autre question, les signataires veulent étendre la vaccination à tous les jeunes garçons. Cela vaut moins pour des raisons de risque individuel (parce que le risque est faible) que pour briser le réservoir de virus que les garçons peuvent être porteurs. Encore besoin de l'expliquer. "Vous devez être transparent" insiste le professeur Bégaud.

D'autant que les dernières études montrent le grand intérêt d'une administration précoce de ce vaccin. C’est notamment le cas de l’étude américaine publiée en août 2018 dans The Lancet Santé de l'enfant et de l'adolescent. "Chez les femmes qui ne portaient pas le virus au moment de la vaccination, la protection est encore plus excellente", expliqué, dans Le Figaro Marc Arbyn, médecin au Centre belge du cancer de l’Institut Sciensano et auteur principal de l’étude. "Plus la vaccination est faite tôt, c'est-à-dire avant d'entrer dans la vie sexuelle active, plus la vaccination est efficace " ajouté à nouveau Dr Marc Arbyn. Finalement, "Le vaccin ne semble pas augmenter le risque d'effets secondaires graves".

En bref, le record est solide. Et de solides arguments pour que la vaccination contre le VPH se répande enfin en France. Mais il n’est pas certain que l’appel de ces signataires, avec leur posture définitive, contribue beaucoup à la réalisation de cet objectif.

Eric Favereau

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