La découverte a débuté par un cri perçant et inquiétant entendu à la tombée de la nuit. Elisabeth Williams, habitante de l’Upper West Side, a perçu cette plainte nocturne pour la première fois un mois plus tôt depuis la terrasse de son appartement, avant que son mari Sam n’aperçoive une silhouette sombre en vol le 3 octobre dernier.
Une photographie prise sur un téléphone a révélé la nature exacte de l’animal : un spécimen de chouette effraie, arborant un visage en forme de cœur et un plumage couleur beurre de cacahuète. Un bloc d’immeubles plus loin, sur la 75e Rue Ouest près de Central Park West, le couple a repéré une famille entière perchée sur le toit d’un château d’eau, un réservoir situé au sommet du numéro 15 de la 75e Rue Ouest, un immeuble résidentiel de neuf étages où réside Thomas Obersteiner. Ces oiseaux constituent les derniers extraordinaires à plumes de la ville, une paire de chouettes effraies y ayant établi sa présence après avoir été observées historiquement dans d’autres parties de la ville, signalant un retour vers un habitat d’autrefois. Cet événement rappelle la venue de la canard mandarin colorée, surnommée le canard chaud, qui s’était posée à l’automne 2018 sur l’Étang à Central Park, ou encore celle de Flaco, un hibou grand-duc d’Eurasie subrepticement relâché du zoo de Central Park en 2023.
Des célébrités ailées dans l’Upper West Side
Les observations se multiplient dans ce secteur de Manhattan, où les résidents affluent chaque soir le long de Central Park West dans l’espoir d’apercevoir le groupe d’oiseaux. La présence de ces rapaces marque un retour documenté de l’espèce dans des habitats urbains de la métropole, selon les analyses publiées par la revue de recherche ICANEWS.
Les ornithologues locaux se divisent sur la composition exacte de la fratrie. David Barrett, animateur de Manhattan Bird Alert, a dénombré cinq jeunes chouettes immobiles sur le réservoir, tandis que d’autres observateurs affirment en avoir compté six. Les adultes entament leur routine crépusculaire vers 19h45 en poussant des cris stridents, suivis de courts vols d’entraînement des juvéniles avant la chasse aux rongeurs.
Pressions environnementales et attrait numérique
La nidification de ces rapaces à Manhattan constitue un événement inédit dans l’histoire moderne de la ville, salué par les spécialistes de la protection aviaire. Jessica Wilson, directrice exécutive de la NYC Bird Alliance, qualifie cette installation de remarquable, d’autant plus que les populations de l’espèce subissent d’importants reculs régionaux.
Le Département de la Conservation de l’Environnement de l’État relève que les effectifs de chouettes effraies ont diminué à un rythme alarmant au cours des vingt dernières années, en raison de la disparition des marais et des prairies au profit de l’urbanisation. Auparavant cantonnés de manière permanente à Jamaica Bay ou Staten Island, ces oiseaux trouvent désormais refuge au cœur de la densité new-yorkaise.
L’engouement dépasse largement le cadre du quartier, alimenté par les réseaux sociaux. David Barrett rassemble près de 100 000 abonnés sur la plateforme X, tout en acquérant des centaines de fidèles supplémentaires cette même semaine après avoir publié des clichés des chouettes effraies, tandis que Thomas Obersteiner, voisin direct du château d’eau du numéro 15 de la 75e Rue Ouest, prépare la diffusion d’un flux vidéo en direct sur YouTube pour permettre au public de suivre la colonie à distance.
C’est tout simplement chaud.
Pour Lydia Sugarman, habitante de la zone, cet attroupement ornithologique offre un répit bienvenu face aux flux d’informations anxiogènes. Elle confie guetter le moment où la célèbre famille de rapaces disposera de son propre compte sur les réseaux sociaux pour fuir la morosité quotidienne.
À ne pas manquer