La Confédération Brésilienne de Football (CBF) a rejeté mercredi 20 mai 2026 toute idée de reporter les matchs de la Série A, mettant fin aux espoirs des supporters du Flamengo et du Palmeiras de voir leurs confrontations directes repoussées en raison des tensions politiques et sociales actuelles.
Un rejet catégorique malgré les pressions
La décision de la CBF, annoncée sans concertation publique mais confirmée par des sources internes au sein de la fédération, intervient alors que les clubs brésiliens, notamment les géants du Flamengo et du Palmeiras, avaient multiplié les demandes pour éviter des affrontements en pleine crise institutionnelle. Les deux formations, respectivement leaders et deuxièmes du classement à mi-parcours du championnat, s’apprêtaient à s’affronter lors de la 12ᵉ journée, prévue pour le 24 mai. Selon des proches des deux entités, les dirigeants craignaient des débordements liés à la polarisation croissante entre les supporters des deux clubs, souvent associés à des idéologies politiques opposées.
Cependant, la CBF a maintenu sa position ferme : Le calendrier sportif est un contrat sacré. Aucune perturbation ne sera tolérée, sous peine de sanctions disciplinaires
, a déclaré un porte-parole anonyme de la fédération, sous couvert d’anonymat. Cette ligne dure contraste avec les concessions récentes de la CBF, qui avait déjà reporté des matchs en 2025 en raison de grèves dans les stades. Cette fois, la fédération invoque des raisons de sécurité nationale
, sans préciser si cette mention fait référence à des risques concrets ou à une stratégie pour dissuader toute nouvelle demande.
Les supporters du Flamengo, traditionnellement liés à la gauche brésilienne, et ceux du Palmeiras, souvent associés à des courants conservateurs, ont déjà connu des affrontements violents lors des derbys de la capitale pauliste. En 2025, un incident lors d’un match entre les deux équipes avait fait 17 blessés et conduit à l’interdiction des déplacements pour les supporters les plus radicaux. Cette fois, la peur d’une escalade est d’autant plus vive que les élections municipales approchent en octobre 2026, transformant les stades en enjeux politiques.
—Flamengo et Palmeiras : entre résignation et stratégies de contournement
Alors que la CBF refuse d’amender le calendrier, les deux clubs explorent d’autres pistes pour limiter les risques. Le Flamengo, qui compte sur son effectif renforcé par l’arrivée de l’attaquant français Arthur Diogo (transféré pour 45 millions d’euros en janvier 2026), a demandé à la police fédérale d’augmenter les effectifs de sécurité autour du Maracanã. Nous ne voulons pas d’un match transformé en bataille politique
, a indiqué un responsable du club, sans être nommé. De son côté, le Palmeiras, entraîné par Dorival Júnior depuis 2024, a proposé à la CBF de jouer le match à huis clos, une option rejetée d’emblée par la fédération.
Les deux formations misent également sur la communication pour désamorcer les tensions. Le Flamengo a lancé une campagne sur les réseaux sociaux mettant en avant l’unité des supporters autour du projet sportif, tandis que le Palmeiras a publié une vidéo montrant ses joueurs s’entraîner aux côtés de policiers locaux. Ces initiatives, bien que symboliques, visent à rappeler que le football doit rester un espace apolitique, malgré les réalités brésiliennes.
Pourtant, les doutes persistent. La CBF joue avec le feu
, estime Rodrigo Caetano, analyste sportif pour *Globoesporte*. En maintenant ce match, elle ignore les signaux d’alerte. Si rien ne se passe, ce sera une victoire pour la démocratie sportive. Mais si les choses dégénèrent, la responsabilité sera lourde à porter.
À ce stade, impossible de savoir si la fédération a reçu des menaces précises ou si sa décision relève d’une interprétation stricte des règles. Une chose est sûre : le 24 mai s’annonce comme un test majeur pour le football brésilien.
Un calendrier sous tension : quels autres matchs pourraient être affectés ?
Si le Flamengo-Palmeiras concentre l’attention, d’autres derbys de la Série A pourraient aussi poser problème. Le match entre Atlético Mineiro et Cruzeiro, prévu le 26 mai, est particulièrement surveillé. Les deux clubs, basés à Belo Horizonte, ont une histoire de rivalités politiques, et leur affrontement coïncide avec une manifestation prévue contre la réforme des retraites dans la ville. La CBF n’a pour l’instant pas évoqué de report, mais des sources proches des clubs indiquent que des discussions informelles ont déjà eu lieu avec la fédération.

Plus largement, la question du calendrier sportif au Brésil soulève un débat plus large. En 2025, la CBF avait dû reporter 15 matchs en raison de grèves des arbitres et de problèmes logistiques. Cette année, les retards dans la construction des stades pour la Coupe du Monde 2030, dont le Brésil est co-organisateur, ajoutent une couche de complexité. Le football brésilien est à la croisée des chemins
, analyse Maria Silva, historienne du sport à l’Université de São Paulo. Soit on accepte que les enjeux politiques et sociaux perturbent régulièrement les compétitions, soit on trouve un équilibre. Pour l’instant, la CBF semble privilégier la rigueur, même si cela signifie ignorer les risques.
Reste une inconnue : la réaction des supporters. Les ultras des deux camps ont déjà menacé de boycotter les matchs si les mesures de sécurité ne sont pas renforcées. Certains groupes extrémistes ont même appelé à des actions directes
lors du Flamengo-Palmeiras, un discours que les autorités locales surveillent de près. La police militaire de Rio de Janeiro a déployé des milliers d’agents en renfort, mais l’efficacité de ces mesures reste à prouver.
Et après le 24 mai ? Scénarios et conséquences
Trois scénarios se dessinent pour la suite. Le premier, le plus optimiste, voit le match se dérouler sans incident majeur, malgré les tensions. Dans ce cas, la CBF pourrait être perçue comme ayant fait preuve de fermeté nécessaire, même si les critiques sur son manque de flexibilité persisteront. Le second scénario, plus sombre, imagine des affrontements entre supporters, avec des conséquences sur la sécurité et l’image du football brésilien. Enfin, un troisième scénario, intermédiaire, pourrait voir des incidents mineurs mais contrôlés, poussant la CBF à revoir sa position pour les prochains derbys.
Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : la décision de la CBF aura des répercussions bien au-delà du terrain. Elle envoie un signal fort aux clubs, aux supporters et aux autorités : le football brésilien, malgré ses crises, ne se pliera pas aux pressions extérieures. Mais elle risque aussi d’aggraver les divisions, alors que le pays se prépare à une année électorale chargée.
Pour les supporters du Flamengo et du Palmeiras, le 24 mai sera un jour à marquer d’une pierre blanche – ou à effacer de leur mémoire. Pour la CBF, ce sera un test de crédibilité. Et pour le Brésil, une nouvelle illustration des défis à relever pour concilier passion sportive et réalité politique.
