Les inquiétudes liées à l’IA poussent les investisseurs vers la sécurité des obligations d’État de la zone euro
PARIS – Alors que la volatilité des marchés boursiers, notamment aux États-Unis, s’intensifie en raison des incertitudes liées à l’intelligence artificielle, les obligations d’État de la zone euro (OZE) pourraient devenir un refuge de plus en plus attractif pour les investisseurs, selon une analyse récente d’ING. Ce mouvement pourrait entraîner un rééquilibrage des portefeuilles à l’échelle mondiale, atténuant ainsi la pression à la hausse sur les taux d’intérêt.
La volatilité des actions américaines atteint des niveaux comparables à ceux observés lors de crises précédentes, tandis que la volatilité des taux d’intérêt de la zone euro reste relativement stable. Cette divergence inhabituelle, soulignée par les mesures d’implication de la volatilité, suggère un changement potentiel dans le sentiment des investisseurs.
“Les inquiétudes liées à l’IA ne se dissiperont pas du jour au lendemain”, expliquent les analystes d’ING. “Dans ce contexte, les obligations d’État de la zone euro pourraient bien en sortir gagnantes.”
Un profil de risque attractif
L’écart de volatilité entre les actions américaines et les obligations de la zone euro est particulièrement frappant. Sur l’année écoulée, la volatilité quotidienne des actions américaines a été trois fois supérieure à celle des Bunds allemands, un schéma observé lors de périodes de stress majeur sur les marchés, comme la bulle internet, la crise financière mondiale et la pandémie de Covid-19.
Pour justifier un niveau de volatilité plus élevé, un actif nécessiterait des rendements significativement plus importants. Or, les rendements actuels des obligations de la zone euro, autour de 2,7% avec un effet de roulement, offrent un retour sur investissement attractif, notamment en comparaison avec les rendements potentiels exigés des actions américaines pour compenser leur volatilité accrue.
La zone euro, un havre de paix face aux risques liés à l’IA
Le profil macroéconomique de la zone euro offre également un avantage. Contrairement aux États-Unis, l’économie européenne n’est pas aussi dépendante du secteur technologique pour sa croissance. Cela signifie également que les préoccupations liées au déficit budgétaire, exacerbées par les investissements massifs dans l’IA aux États-Unis, ne sont pas aussi prégnantes en Europe.
Les écarts de taux entre les obligations d’État européennes et les Bunds allemands ne reflètent pas une détérioration du sentiment de risque, et l’écart entre les obligations italiennes à 10 ans et les Bunds allemands est actuellement à son plus bas niveau depuis 2010.
Un rééquilibrage des portefeuilles à l’horizon ?
Les investisseurs à la recherche de rendements plus élevés, mais avec un risque moindre que les actions, pourraient être attirés par les obligations d’État européennes plus risquées. La politique de la Banque centrale européenne, qui vise un atterrissage en douceur, offre un environnement de carry attractif, contribuant à maintenir les écarts de taux serrés.
Au niveau mondial, les investisseurs sont actuellement surpondérés en actions, avec 70% de leurs actifs alloués à cette classe d’actifs, contre une allocation plus conservatrice de 60-40. Un rééquilibrage des portefeuilles pourrait donc se traduire par une rotation des capitaux des actions vers les obligations, sans nécessairement provoquer une vente massive d’actions.
ING prévoit que cette rotation pourrait aider à absorber l’offre record d’obligations d’État de la zone euro. Si cette rotation se matérialise, la pression à la hausse sur les taux d’intérêt pourrait être atténuée.
