Le verdict est attendu ce vendredi 6 novembre à la cour d’assises du Val-d’Oise. Aziza M., 45 ans, comparaît pour tentative d’assassinat sur sa fille Jasmine et pour des violences habituelles sur quatre autres enfants. L’avocate générale a requis, ce matin, une peine de 18 ans de réclusion criminelle à l’encontre de l’accusée.
Le signalement de l’hôpital Necker
L’affaire trouve sa source dans le parcours médical de Jasmine, prise en charge à l’hôpital Necker depuis juillet 2015. Durant des années, l’enfant a subi de multiples hospitalisations, des interventions chirurgicales et des traitements pour des troubles digestifs sévères, sans qu’un diagnostic clair ne soit établi. En janvier 2021, les soignants de l’hôpital Necker, à Paris, se penchent sur son dossier. Les pédiatres, confrontés à la persistance et à l’aggravation des symptômes, ont conclu que ces maux étaient provoqués par l’intervention d’un tiers. Le 14 janvier 2021, ils ont procédé à un signalement auprès du procureur de la République de Pontoise.
Après son placement, Jasmine a connu un rétablissement qualifié de « spectaculaire » par les équipes médicales, confirmant les soupçons selon lesquels les troubles étaient factices et imposés. Comme le souligne la psychiatre Lucie Joly, le parent peut provoquer des infections ou des intoxications entraînant des traitements inutiles, ce qui peut aller jusqu’au décès.
La controverse autour du trouble factice imposé à autrui
Le procès a été marqué par de vifs débats sur la qualification de « trouble factice imposé à autrui » (TFIA), anciennement syndrome de Münchhausen par procuration. Ce trouble reste rare et probablement sous-diagnostiqué, bien que sa prévalence exacte demeure inconnue, explique Lucie Joly, psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine et enseignante à l’Université Paris Sorbonne. Si l’expert psychologue ayant examiné Aziza M. en garde à vue en juin 2022 a évoqué un TFIA, les deux expertises psychiatriques réalisées durant l’instruction ont écarté cette hypothèse. Le Dr Rey-Salmon, intervenante au procès, a rappelé que le taux de mortalité des enfants victimes de ce trouble se situe entre 5 et 10 %.
Pour Hélène Romano, docteure en psychopathologie et autrice de Quand la mère est absente, le parent atteint sait exactement « ce qu’il faut dire pour inquiéter le médecin ». Elle note que beaucoup de femmes identifiées travaillent dans le domaine de la santé ou possèdent des connaissances médicales. Aziza M., née à Creil, a d’ailleurs suivi un long parcours universitaire, soutenant une thèse sur les représentations du corps difforme en France entre le XVIe et le XVIIIe siècle avant de travailler comme documentaliste.
La défense face à l’intention homicide
Au premier jour du procès, vendredi 30 octobre, le frère et la sœur d’Aziza M. sont venus témoigner en sa faveur, décrivant une femme attentionnée. L’accusée a nié durant l’audience toute intention de donner la mort. Interrogée sur l’administration d’eau salée pour provoquer des vomissements ou sur des prélèvements sanguins qu’elle effectuait elle-même, elle a décrit ces actes comme un « appel au secours ».
Je n’ai jamais voulu tuer ma fille, mettez-vous bien ça en tête
Aziza M., accusée
La défense conteste la qualification de tentative d’assassinat, plaidant pour une requalification en violences volontaires ou mauvais traitements. De leur côté, les parties civiles et l’accusation s’appuient sur la nature des moyens employés et la répétition des actes pour maintenir l’accusation criminelle. Le verdict, qui doit être rendu ce soir, tranchera la question de la responsabilité pénale d’Aziza M. dans cette affaire qui a duré près de sept ans.
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