Entrée en vigueur le 1er octobre 2026, une nouvelle taxe autrichienne de 2,40 euros par commande ou par colis sur les grands sites de vente en ligne provoque la réplique immédiate des géants du commerce électronique, qui répercutent la charge sur les consommateurs tout en multipliant les actions en justice.
La mesure, portée par le ministère des Finances sous l’impulsion de la coalition, impose une redevance de deux euros hors taxes — soit 2,40 euros TTC — aux plateformes et marchands en ligne réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros en Autriche. Conçue pour engranger environ 280 millions d’euros par an et financer la baisse de la TVA sur certains produits alimentaires de base entrée en vigueur le 1er juillet, la taxe cible seize grands acteurs du secteur.
Les géants du e-commerce répercutent la taxe et lancent des recours
Dès les premières heures de la mise en œuvre, les plateformes concernées ont modifié leurs interfaces de commande.
Parmi les entreprises touchées figurent des mastodontes tels qu’Amazon, Temu, Zalando, ainsi que MediaMarkt, Ikea, et des places de marché comme eBay. TVA), avant de finaliser votre commande
, selon la notification diffusée le matin du 1er octobre, confirmant que la taxe s’applique une seule fois par commande, peu importe le nombre d’articles ou de colis expédiés.

Le géant américain a également précisé que pour les livraisons périodiques dans le cadre de programmes d’abonnements, la taxe n’est prélevée que sur la première commande initiale. Face à cette ponction, le secteur réagit par une contestation judiciaire d’envergure. Le groupe allemand Zalando a ainsi indiqué que le texte législatif autrichien n’est ni conforme à la constitution ni conforme au droit européen, estimant que la redevance constitue une ingérence non autorisée dans les compétences de l’Union européenne et crée des distorsions de concurrence unilatérales au détriment du commerce en ligne.
Selon un porte-parole de Zalando, nous sommes convaincus que la loi autrichienne sur la taxe sur les colis n’est conforme ni à la constitution ni au droit européen
d’après Newbusiness.

D’autres responsables partagent ce constat. Rainer Will, le directeur du Handelsverband, a qualifié la mesure de loi la plus absurde qu’il ait jamais vue, tandis que Harald Gutschi, directeur d’Otto en Autriche, ainsi que de nombreux autres acteurs préparent des recours. Les enseignes comptent attaquer les avis d’imposition individuels devant les juridictions compétentes pour obtenir une clarification juridique, un processus qui pourrait durer plusieurs années selon les observations d’experts recueillies par l’ORF.
Entreprises concernées, exemptions et alternatives sur le marché autrichien
La liste établie par le Handelsverband englobe seize grands acteurs du commerce électronique, parmi lesquels Amazon, Temu, Zalando, Shop-Apotheke, Ebay, Otto, Best Secret, AliExpress, MediaMarkt, Apple, Universal, Ikea, Shein, XXXLutz et Refurbed. Environ 4 000 petites et moyennes entreprises autrichiennes vendant leurs produits par le biais de ces grandes places de marché subissent également les contrecoups indirects de la nouvelle taxe.
La taxe ne frappe pas l’ensemble des acteurs de manière uniforme. Les plateformes doivent s’acquitter de la redevance soit par colis, soit par commande globale. Des enseignes comme Amazon et Otto ont opté pour un calcul par commande, évitant ainsi de surtaxer les livraisons scindées en plusieurs envois. D’autres structures, à l’instar d’IKEA et du groupe XXXLutz par la voix de son porte-parole Thomas Saliger, ont fait savoir qu’elles ne répercutaient pas immédiatement la taxe sur leurs clients tout en se réservant le droit d’engager des poursuites judiciaires.

D’autres structures se trouvent sous la barre fatidique des 100 millions d’euros et tirent profit de leur situation. La plateforme Refurbed, spécialisée dans les produits électroniques reconditionnés et dont le chiffre d’affaires annuel a oscillé entre 90 et 110 millions d’euros, s’est retrouvée initialement dans l’incertitude quant à son assujettissement avant d’être confirmée hors du champ d’application immédiat. De son côté, la place de marché shöpping, filiale de la Poste autrichienne, se positionne ouvertement comme une alternative sans taxe pour les consommateurs.
| Plateforme ou acteur | Statut au regard de la taxe |
|---|---|
| Amazon, Zalando, Otto, MediaMarkt | Taxe répercutée ou gérée par commande |
| IKEA, XXXLutz | Ne répercutent pas la taxe pour l’instant, examen de recours |
| Refurbed | Sous le seuil de 100 millions d’euros pour l’instant |
| shöpping (Poste autrichienne) | Se positionne comme alternative sans taxe |
Les experts juridiques contestent la viabilité de la redevance autrichienne
Les experts juridiques soulignent la fragilité du texte national. Les observateurs relèvent que la redevance pourrait être interprétée comme une discrimination à l’encontre des distributeurs étrangers ou comme une aide d’État prohibée protégeant les commerces physiques dotés d’un réseau de magasins, lesquels échappent totalement à la contribution.
Du côté des associations professionnelles, les critiques portent également sur les risques de frein à l’investissement pour l’économie nationale. Certains acteurs économiques évitent volontairement d’étendre leurs activités en ligne pour ne pas franchir le seuil des 100 millions d’euros, préférant investir à l’étranger.
Pendant ce temps, les acheteurs font face à une superposition de charges, s’ajoutant aux droits de douane de trois euros instaurés en juillet pour les colis en provenance de pays tiers, auxquels s’ajoutera en novembre une redevance de manipulation européenne de deux euros par article, portant le cumul des frais potentiels à un niveau élevé pour les commandes hors d’Europe.
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