Au Nigeria, les citoyens deviennent des sauveurs d'élections

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Une femme a voté aux élections générales du samedi 23 février dans un bureau de vote à Port Harcourt, dans le sud du Nigéria.
Une femme a voté aux élections générales du samedi 23 février dans un bureau de vote à Port Harcourt, dans le sud du Nigéria. YASUYOSHI CHIBA / AFP

Samedi 23 février, il est 7 h 30 et une file d'attente commence déjà devant le bureau de vote numéro 15 du district de Lekki à Lagos. Tout le monde est confiant, tout va bien … enfin presque. Les bureaux doivent ouvrir dans 30 minutes, mais aucun représentant de la Commission électorale nationale indépendante (INEC) n’est toujours présent. Pas de newsletters, pas de liste électorale non plus.

À Lagos, en général, tout va vite. Les rues sont bruyantes, encombrées et encombrées. Sauf ce matin. Le gouvernement n'a restreint la circulation que des véhicules d'urgence et de ceux mobilisés pour assurer le bon déroulement des élections dans tout le pays. En l'absence d'embouteillages dans la rue, il commence à en avoir un devant les tentes censées abriter les urnes. Certains, comme Victor Nicolas Ette, blanchisseur de profession, ont marché plus d'une heure pour arriver ici. "Cela m'a fait faire de l'exercice et c'est une belle journée. Peu importe l'issue des élections, Dieu organisera tout pour que tout se passe bien," il a dit.

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Aucune trace d'un manager

Il est maintenant huit heures pile. Les 120 000 bureaux de vote du pays sont officiellement ouverts. Mais à Lekki, emblème du nouveau bourgeois nigérian, toujours aucune trace d'un responsable. Ils sont plus de cent, debout ou assis sur des chaises en plastique, pour commencer à s'impatienter. Le soleil se lève et la température avoisine les 30 degrés. Okey Nwakwesi, un ingénieur en bâtiment, décide de prendre les choses en main. "Si nous attendons les commissaires électoraux, cela va vite devenir un chaos ici"il dit. Ce n’est pas la première fois que la commission le fait, mais cette fois, il l’anticipe.

M. Nwakwesi a apporté des feuilles avec lui afin que les électeurs puissent s'inscrire par ordre d'arrivée. Il leur distribue ensuite des numéros gravés sur du papier déchiré qu’ils devront remettre aux commissaires électoraux, s’ils se présentent. "Je ne suis qu'un citoyen qui assume ses responsabilités civiles"Okey Nwakwesi justifie. "Je crois en cette démocratie. Si nous ne pouvons pas prouver que cela fonctionne à ce niveau, comment peut-il fonctionner au niveau national?"il demande.

Dans la file d'attente, Semi Olaya, 22 ans, qui vient voter pour la première fois, s'est également porté volontaire pour remplacer les fonctionnaires absents. "Vous n'êtes pas au bon scrutin, Monsieur, le vôtre est à quelques pâtés de maison"elle explique à l'un des nombreux électeurs confus.

"Nous avons eu un ou deux problèmes"

Beaucoup de gens se sont rendus aux urnes le samedi 23 février.
Les électeurs se sont rendus aux urnes le samedi 23 février. NYANCHO NWANRI / REUTERS

Vers dix heures du matin, une camionnette de l'INEC se fraye un chemin parmi la masse des électeurs, qui se chiffrent maintenant par centaines. Le citoyen Okey Nwakwesi explique l'ordre de vote improvisé, il est temps de mettre en place les tables, les bureaux de vote et le délégué de la commission, une heure de plus s'est écoulée. L’officiel saisit le micro et s’adresse à la foule: "Nous avons eu un ou deux problèmes. Désolé pour le retard. Les bureaux sont ouverts jusqu'à 14 heures.. La foule pousse un cri d'exaspération. Personne n'a encore voté et les bureaux fermeront déjà dans trois heures …

La mésaventure n’est pas unique, car à la même heure, à 300 mètres, dans le bureau numéro 13, toujours à Lekki, c’est la même histoire. Ici, John Oamin, un ouvrier du bâtiment de deux mètres avec une voix grave, mène la foule avec autorité, alors que les nouveaux électeurs déposent leurs bulletins de vote dans l'urne. "Je demande à tous de respecter les files d'attente. Sinon, nous n'y arriverons jamais!" il observe, péremptoire. "C'est le Nigeria"dit le Monde Afrique Johh Oamin, repoussant les plus impatients. "Je le dis avec humilité, mais je pense vraiment que nous avons sauvé la peau des commissaires électoraux. Avec tous ces retards, sans nous, ils n'auraient jamais réussi à faire voter les gens", il dit.

Fragilité et dysfonctionnement

Alors que ces "sauveurs d’élection" sont la preuve des Nigérians & # 39; attachés à leur démocratie, ils illustrent également la fragilité et le dysfonctionnement de leurs institutions. À cinq heures de l'ouverture prévue des bureaux, le samedi 16 février, la commission électorale avait reporté à une date ultérieure les législatives et le premier tour de l'élection présidentielle.

Parmi les candidats aux plus hautes fonctions, seuls le président sortant Muhammadu Buhari et Atiku Abubakar, vice-président de 1999 à 2007, sont susceptibles de l'emporter. Les derniers sondages les placent côte à côte. Leur vision diffère très peu, mais Victor Amakwe Bonter, un banquier américano-nigérian, estime qu'Atiku est le seul à pouvoir relancer l'économie. Il est très conscient des soupçons de corruption qui pèsent sur son candidat, mais pour lui, "Le plus important est de créer des emplois" dans ce pays qui compte plus de très pauvres que l'Inde.

Les résultats des dernières élections présidentielles de 2015 ont donné lieu à des accusations réciproques de fraude électorale. Encore une fois, l'accent verbal des candidats fait craindre le pire. Adeola Asabia, une consultante en santé qui a voté aujourd'hui pour Muhammadu Buhari, ne croit pas que le perdant acceptera l'urne. "C’est la première fois que les deux principaux partis qui se combattent pensent qu’ils vont gagner. Mais ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle". La réponse à ses craintes ne sera pas longue.

Jasmin Lavoie, Lagos, correspondance

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