Au Canada, le pipeline sème la discorde

Au Canada, le pipeline sème la discorde

Le jeudi 30 août, la Cour d'appel fédérale du Canada a bloqué l'agrandissement proposé d'un oléoduc qui relie la région de l'Alberta au littoral. Ce pipeline stratégique, qui devait être acheté par le gouvernement Trudeau, a été jugé avoir un impact écologique important.

Le gouvernement canadien paierait 4,5 milliards de dollars canadiens, soit près de 3 milliards de dollars, pour nationaliser le pipeline dont l'expansion a été suspendue par les tribunaux le jeudi 30 août. Trans Mountain s'étend sur 1 200 km et relie les champs pétrolifères de l’Alberta à la côte à travers les Rocheuses. Selon la Cour d'appel fédérale, l'impact écologique du projet a été mal évalué. Un revers alors que le projet devait tripler la capacité de livraison du pétrole, de 300 000 à 890 000 barils par jour.

Lire aussi: L'expansion d'un oléoduc divise l'ouest du Canada

L’Office national de l’énergie (ONÉ), qui a délivré le permis de travail, "Définition injustifiée de la portée du projet afin de ne pas inclure le trafic pétrolier associé au projet", a déclaré la justice canadienne. Une victoire pour les groupes environnementaux et certaines communautés autochtones de la Colombie-Britannique qui étaient fortement opposés au projet et qui avaient interjeté appel devant la Cour d'appel fédérale. Cette nationalisation, décidée par le premier ministre Justin Trudeau, visait à réduire la dépendance du Canada à l’égard des États-Unis, l’oléoduc de l’entreprise américaine Kinder Morgan.

Un oléoduc stratégiquement sain

En Alberta, la décision du tribunal est loin d’être satisfaisante pour tout le monde. Un consortium autochtone, véritable consortium industriel, s'était constitué pour défendre le pipeline, considéré comme une aubaine pour stimuler l'économie locale. "Les indigènes ont dû percevoir des redevances sur le transit. Il y a donc une rupture entre ceux qui attendent des retombées économiques d'une part et les défenseurs de l'écologie de l'autre"explique Eric Canobbio, géopolitologue spécialisé dans le domaine de l'Arctique canadien à l'Université de Saint-Denis.

Le pipeline est situé dans une région à la fois écologiquement et économiquement stratégique et dont l'exploitation met en danger les ressources naturelles. Cette zone très riche en biodiversité est également riche en ressources énergétiques.

Pression sur les ressources naturelles

L'Alberta possède la troisième plus grande réserve mondiale de champs pétrolifères, y compris les sables bitumineux, une forme semi-solide de pétrole brut, de sable et d'eau. Son exploitation est une catastrophe écologique pour le Canada. "Même avant la COP21, Barack Obama et Justin Trudeau ont signé des accords pour geler l'exploitation de certaines zones sensibles afin de préserver la biodiversité"rappelle Eric Canobbio. Engagement insuffisant envers le premier ministre canadien qui a placé la défense de l'environnement au cœur de sa campagne en 2015.

Mais le véritable problème reste celui des émissions de gaz à effet de serre. "Le Canada n'atteindra probablement pas ses objectifs de réduction des émissions en vertu de l'Accord de Paris sur le climat"ajoute Eric Canobbio.

Lire aussi: Au Canada, la nationalisation d'un oléoduc induit l'indignation

L'aspect économique n'est pas non plus négligé et l'intérêt généré par le projet dépend également des prix du pétrole. "Nous sommes au début de la transition de la dépendance énergétique au pétrole au gaz, analyse le géopolitologue. Mais je crois plus au gel du projet qu'à son abandon total. "

Ninon Bulckaert

Leave a comment

Send a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.